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LA GUERRE 1939-1945 à LONG

par Lionel BACQUET

 

La guerre est une affaire où des millions d'hommes qui ne se connaissent pas s'entretuent

sous l'ordre de quelques uns qui se connaissent mais ne s'entretuent pas

Général EISENHOWER

 

Commémoration de la libération de LONG en 2009

La guerre, que beaucoup craignait depuis l'arrivée d'Hitler à la tête de l'Allemagne en 1933, a naturellement commencé le jour de la conscription en 1939. Les habitants de LONG gardaient en mémoire la terrible guerre 1914-1918 qui leur avait déjà enlevé tant d'enfants, frères ou maris. Ils savaient que la guerre reprennait et ils avaient encore à l'esprit la peur et l'appréhension ressenties chaque jour entre 1914 et 1918 de voir le Maire ou le garde champêtre venir chez eux leur annoncer la mort d'un des leurs sur le champ de bataille.

Ils avaient également ancré en eux la haine du « boche » et redoutaient un peu plus une nouvelle occupation d'une partie de la France. Et malheureusement ils allaient vivre ces moments terribles quelques mois après.

Cest l'exode... un déchirement pour beaucoup de nos concitoyens qui doivent tout laisser ou presque et prendre la route pour échapper aux combats...

LONG est occupé le lundi 20 Mai 1940 par l'armée allemande et la rivière SOMME devient une ligne de démarcation.

Gervais DELASSUS

repose dans le cimetière de LONG

(tombe n°449)


Ce même 20 mai 1940, la Commune perd son premier habitant : Gervais Théodule Gustave, né le 21 Mai 1902 à LONG, fils de Théodule Lucien DELASSUS et de Marie-Louise MIANNAY, époux de Léonie Marguerite LEVEQUE, soldat du 2 ème escadron du train des équipages militaires 973 ème compagnie sanitaire, est tué par les allemands à la Chaussée Tirancourt alors qu'il voulait rejoindre son unité.
Ce 20 mai 1940 la ville d'Abbeville est pratiquement détruite par les bombardements allemands. Les combats continuaient quand même grâce à la 4 ème division cuirassée de réserve.

L'histoire garde en mémoire la bataille d'Abbeville le 5 juin 1940, le Poste de Commandement de De Gaulle à Huppy mais elle parle moins des violents combats qui ont eu lieu au Catelet. De nombreux soldats du 2 ème escadron du 3 ème régiment de « Dragons Portés » se sont battus avec courage et jusqu'au bout…

3ème régiment de dragons portés

Le capitaine MARTEL, blessé à deux reprises dans la matinée, une fois au bras, une autre fois à la jambe, refuse de se laisser évacuer et reste avec ses hommes ; débordé par l'ennemi, sans munitions, le 2 ème escadron va voir mourir un grand nombre de ses soldats sur le plateau au dessus de la ferme de Monsieur et Madame Léon MARGRY. Resté seul et gravement blessé, le capitaine MARTEL a été tué d'un éclat d'obus alors qu'il tirait au fusil mitrailleur sur les fantassins allemands.

Il fut nommé Chevalier de la Légion d'Honneur avec la citation suivante :

« Chef superbe, adoré de tous. Le 5 juin 1940, à la tête de son escadron, a défendu jusqu'au sacrifice complet le centre de résistance du Catelet. Menant un combat qu'il savait sans espoir, est tombé au milieu de ses cavaliers, ayant dignement accompli la mission qui lui avait été confiée : Combattre sur place sans esprit de recul » …

Le 3 ème Régiment de Dragons portés avait défendu fièrement la devise de son ancêtre le Régiment d'Enghein-Cavalerie : « Ardet et Audet, il brûle et il ose ».

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Dans un récit de guerre dont je n'ai malheureusement pas retrouvé l'auteur il est dit que le 3ème dragons est entré en Belgique le 10 mai 1940 puis s'est rendu au sud de Sedan avant d'être aux avant-postes sur la Somme le 4 juin. Ce militaire est détaché avec son groupe anti-char au 2 ème escadron, celui du capitaine MARTEL. Il explique qu'il est en batterie à LONG LE CATELETet il ajoute que le champ de tir est rêvé pour les armes anti-char. Voici la suite de son récit qui est très intéressant pour bien comprendre le déroulement de cette funeste journée:

" Devant nous une route droite sur une distance de 800 mètres (certainement la chaussée du Catelet), coupée par la Somme. De chaque côté les marais, en dessous de nous la voie ferrée d'Amiens à Abbeville. Point d'appui bien organisé, devant nous un champ de mines à 100 mètres, la route battue par un groupe de mitrailleuses, un groupe de fusiliers, un canon de 25; la voie ferrée battue par plusieurs armes automatiques, le tout sous le commandement du Lieutenant BERNARD. A 300 mètres derrière nous une crête que coupe un chemin creux (chemin près de la ferme MARGRY 5 rue de Fontaine qui a en partie disparu) qui relie LONG LE CATELET à AIRAINES, là se trouve le PC du capitaine.

Nous devions être relevés par des éléments du 44 ème Colonial. Malgré les nombreuses actions où nous avions été mélés depuis 25 jours, le régiment n'est pas très éprouvé, mais tout le monde tombe de sommeil et de fatigue car voila le 26 ème jour qui commence sans que nous quittions le contact avec les Allemands.

5 juin: couché depuis 2 heures seulement, c'est mon tour de commander le point d'appui, la nuit est claire, bien que déjà le brouillard s'élève sur la Somme, de l'autre côté nous parvient des bruits de moteurs, ce sont des motos qui roulent derrière les crêtes qui surplombent LONG. Assez souvent je regarde ma montre, mais l'heure ne passe pas vite. J'ai le sentiment que tout ne va pas se passer tout seul. Pourquoi ? Je ne puis pas l'expliquer. Dans quelques heures , c'est pourtant la relève et enfin le repos.

3 heures 30 le 5 juin: Le jour commence à naître, tout à coup à environ 200 mètres de nous des hurlements inarticulés, ce sont les commandements de l'ennemi qui attaque. En quelques instants tout le monde est à son poste, les pièces sont prêtes à tirer. Je rejoins en quelques secondes le Lieutenant BERNARD, je lui demande ce qui se passe, lui avec un sourire, me répond avec un fort accent Alsacien: "ils veulent nous dire aurevoir avant de partir". Tout le monde a confiance en ses chefs et en ses armes. A peine retourné à la pièce commandée par le Brigadier-Chef BONNIN, qui bat la route, qu'un bruit sourd part d'environ 200 mètres de nous. Quelques secondes après une forte détonation: c'est un minen qui nous arrose. Je fouille la route de mes jumelles, je ne vois rien, mais le Brigadier-Chef BONNIN regardant à la lunette du canon, voit un groupe d'Allemands qui transportent des caisses d'obus. Dans l'espace d'un éclair une détonation sèche, puis une deuxième accompagnée d'une exclamation: "ça y est !" Cest BONNIN qui a tiré, en effet le minen s'est tu, puis les mitrailleuses tirent par rafales très rapides, car des deux côtés de la route progressent les "habits verts". Tout le monde a le sourire car on constate de l'autre côté qu'il y a de la casse. Mais ça avance toujours et voila l'artillerie qui entre dans la danse. Une pluie d'obus de 88 et de 105 nous tombe dessus. Il est 8 heures et pas de relève. Les troupes à pied cessent de progresser mais l'artillerie continue ses tirs meurtriers. Peu à peu les armes automatiques se taisent. J'ai une pièce complète anéantie: douze hommes sont tombés pour ne plus se relever.

Midi le 5 juin: Toujours pas de relève. L'Infanterie allemande ne pouvant pas progresser sur la route, avance dans les marais. C'est le jeu de massacre qui commence. Les armes qui restent tirent sur l'ennemi à moins de 100 mètres. Un camion de munitions, une voiture touriste, un side car brûlent sur la route anéantis par le 25. Les mitrailleuses et le fusil mitrailleur se sont tus. J'ai encore 6 caisses d'obus. Nous sommes repérés. Les Minens nous encadrent, pas d'autres positions de tir. De chaque côté de nous, les maisons brûlent. Il ne reste qu'une solution: Nous avons deux officiers à venger; le Lieutenant DE L'ETOILE tué en Belgique le 10 mai, le crâne arraché par un obus anti-char, et le Lieutenant BESNARD tué à Limeux le 27 mai. Alors je donne l'ordre de tirer au canon sur les hommes. J'envoie trois compte-rendus au capitaine MARTEL, car le Lieutenant BERNARD est sérieusement touché dans son PC. Sur les trois compte-rendus, je mentionne que l'ennemi nous tourne par la gauche et par la droite. Trois fois la réponse est la même: "Faîtes-vous tuer sur place !". Pas un seul homme n'a pensé à reculer mais la situation est désespérée. Nous nous battons un contre cent. Je place deux hommes à ma gauche pour garder la route de Fontaine et nous restons cinq autour de la pièce. J'en profite pour faire avec mes trois hommes une prière.

Vers 14 heures ce 5 juin une fusillade arrive à ma gauche, je crois que c'est l'ennemi. Non, c'est le Maréchal-des-Logis TRISTE qui a vu un groupe s'installer à 20 mètres de moi de l'autre côté de la voie ferrée et qui s'apprête à réduire au silence l'arme anti-char. Mais les Allemands sont fauchés par le tir de TRISTE.

15 heures 30 le 5 juin: Un obus arrive à mes pieds, je ne puis dire ce qui se passe. Je me trouve la face contre terre et pas un éclat ne me touche. Je n'ai plus personne à côté de moi. De l'escadron, des pièces, il ne reste que des corps allongés pour toujours. Mon seul but est de me réfugier près de mon Capitaine. Fortement commotionné, je ne peux lui dire un mot... Mais je lui explique par écrit ce que je veux. Il me croit fou. Il m'interdit de toucher une arme. Me passant la main sur la tête, il me répète "pauvre gosse".

Les Allemands avancent sur la crête en rang serré, le Capitaine MARTEL, un fusil mitrailleur à la main, nous rassemble et nous dit: "Faîtes comme moi, vendez votre peau le plus cher possible !". Chacun prend position et fait feu. Quelques minutes après, cinq à six obus s'abattent sur le PC. C'est une véritable boucherie, on n'entend que des cris, moi même je roule par terre. Je ressens de violentes brûlures . J'étais dans une mare de sang. Le Capitaine MARTEL est auprès de moi, il bande son poignet avec son mouchoir; il ne peut se relever car il est touché aux jambes. Il me dit de me trainer jusqu'au delà de la crête pour éviter le barrage d'artillerie. Nous étions environ une dizaine à nous traîner mais un obus éclate à quelques mètres de nous. J'ai vu le capitaine MARTEL retomber sur le dos avec le ventre ouvert par un éclat. Il serrait toujours dans sa main droite le fusil mitrailleur.

Pour nous, la guerre était fini. Une seule journée avait suffi pour réduire à quelques dizaines d'hommes blessés l'escadron MARTEL ainsi que mon groupe anti-char. Ce militaire termine son récit d'une belle manière: "Maintenant ils sont tous ensemble, sans distinction de grade. Le Capitaine MARTEL est enterré à Longpré-les-Corps-Saints au milieu de ses hommes qu'il a su bien conduire au feu". J'espère un jour retrouver son nom ... peut-être pourrait-il nous en dire plus sur le périple de ce courageux et vaillant régiment. (Ils seront ensuite inhumés dans le cimetière de Condé-Folie dans le carré D)

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Beaucoup des soldats de cette unité ont laissé leur vie au-dessus de la ferme de Monsieur et Madame MARGRY qui sera d'ailleurs détruite. La famille MARGRY vivra dans un baraquement et se réfugiera souvent dans une cavité creusée dans la craie.
Ce sont Messieurs DELIGNIERES Maurice et son fils Paul alors âgé de 14 ans qui enterrent les corps. ( Un hommage sera rendu à Paul en 2000 lors des cérémonies qui ont eu lieu à Hallencourt, Le Catelet et Condé-Folie)

Ce régiment bénéficiera de citations à l'ordre de l'Armée. ( Journal officiel du 19.12.1940) page 6.174

Le général d'armée, commandant en chef des forces terrestres, Ministre secrétaire d'Etat à la guerre, cite à l'ordre de l'armée :

3 ème régiment de Dragons Portés

Magnifique régiment, qui, sous les ordres de Monsieur le Lieutenant-colonel de Reboul, a témoigné pendant cinq semaines ininterrompues de combats, d'autant d'esprit offensif que de stoïque ténacité. Après s'être signalé en Belgique, puis dans la défense acharnée d'une zone boisée à l'ouest de la Meuse, a, le 27 mai 1940, réalisé au sud de la Somme, une audacieuse progression. Le 5 juin, s'est sacrifié en défendant opiniâtrement des passages de la Somme, tous les éléments de contact résistant après encerclement, jusqu'au dernier homme, certains tenant pendant 48 heures. Le 7 juin, continuant avec ténacité le combat et au cours d'une contre-attaque locale commandée par Monsieur le capitaine Le Masson, fait 50 prisonniers. Le 12 juin, réduits à une poignée de combattants, les débris du Régiment, submergés par un adversaire auquel il arrachait un témoignage d'admiration, se défendant autour de leur chef de corps jusqu'à épuisement des munitions.

Cela donne une idée du courage de ces hommes.
Voici maintenant le témoignage de madame VUILLEMIN MARTEL, fille du capitaine MARTEL qui s'est rendue aux cérémonies commémoratives qui se sont déroulées dans le canton d'Hallencourt en juin 2000 à l'initiative du Général BIZET et de Louis de REBOUL, ancien commandant du 3 ème régiment de Dragons Portés pendant lesquelles le Colonel VERNET a fait une présentation très brillante des combats de cette unité les conduisant des Ardennes à Veules les Roses.

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Messe du 5 juin 1941 en hommage au capitaine MARTEL

et à ses hommes

 

Cette messe anniversaire est célébrée dans l'église de Long et en voici un témoignage:


« C'est une nombreuse assistance qui arrive à midi dans la vaste église de LONG. Monsieur Gaëtan CARPENTIER, Maire, et monsieur CHIVOT, adjoint, avec les membres de la municipalité prennent place dans les stalles. En face d'eux, madame MARTEL, veuve de l'héroïque capitaine, madame PROVANG, mesdames CABY, la mère et l'épouse de Jean CABY, madame DELASSUS Gervais, représentant toutes les familles, présentes de cœur avec nous, des chers disparus. »

Devant le catafalque recouvert des couleurs nationales, monsieur DELIGNIERES, qui entretient avec tant de dévouement et de compétence le cimetière militaire (situé le long du mur du presbytère face à l'église, aujourd'hui seul la tombe de monsieur DUFOURMANTELLE est restée), a eu la délicate pensée de placer une tombe militaire : une terre de gazon entoure la tombe fleurie aux trois couleurs du drapeau français. La croix de bois est surmontée d'un casque ; évocation combien émouvante de la tragédie du 5 juin 1940

La messe est célébrée par monsieur l'Abbé BRACONNIER, curé de LONG. Le jeu puissant des orgues, les chants, les lumières parmi les drapeaux et l'église toute tendue de noir, forment un cadre de prière fervente. Entre la tombe des militaires et le catafalque, le drapeau des anciens Combattants, lesquels sont groupés aux premiers rangs de la nef, autour de leur président, monsieur Charles CARPENTIER : drapeau porté par le porte-drapeau des anciens Combattants, et qui sera porté tout à l'heure par un glorieux survivant de la bataille du Catelet, le maréchal des Logis René DAVID. Au Dies Irae, la quête est faite par monsieur le curé ; il a été convenu que cette quête serait la participation de la paroisse au témoignage sacré de gratitude pour ces héros. Par le généreux produit de cette quête, comme par l'idée inspirée aux paroissiens eux-mêmes, celui qui écrit ces lignes a le devoir de la signaler.

Après l'évangile, monsieur le Maire prononça l'allocution suivante :
« Mesdames, Messieurs, L'église est un lieu de recueillement. Nous avons voulu nous recueillir et nous souvenir, donner à la commémoration des Morts du 5 Juin 1940, la plus grande solennité. Il y a un an, la bataille faisait rage. Le soir les tanks allemands gravissaient la colline. La bataille du Catelet prenait fin. Les soldats du capitaine MARTEL étaient tombés à leur poste de combat. Journées sombres, tragiques , qui décidaient du sort de notre malheureuse patrie, mais non sans grandeur ni sans gloire ! »

Les notes du Capitaine MARTEL trouvées sur son carnet et dans lesquelles il laisse percer toutes ses inquiétudes et toutes ses angoisses en apportent la preuve. Les voici :
« 5 juin 1940 : Capitaine MARTEL à capitaine de Monthelie : commandant la position du Catelet , cela devient impossible, pays en feu, aucune arme ne fonctionne plus. Les chars viennent d'arriver mais je n'ai pu entrer en communication avec eux. Ils se dirigent vers le Nord, et semblent vouloir nettoyer le ravin entre Le Catelet et Vieulaines. Aucune nouvelle de Bonneau.

Juin à 11 H 45 : Capitaine MARTEL à capitaine 1er bataillon : peloton du Catelet dans une situation très critique, une seule arme automatique fonctionne encore, plus de mitrailleuse plus de canon de 25. Village presque entièrement détruit. Beaucoup de perte. L'ennemi reçoit des renforts. Que dois-je faire ? Demande de tirs d'artillerie F et I.
Capitaine MARTEL à Lieutenant De Rouville : occupez lisière sud du bois et faites « réduits » avec mon PC qui tient le chemin. L'auto mitrailleuse de reconnaissance embossée à la crête, me fournit les deux faces à l'Ouest. Jean MARTEL.  "

Puis monsieur le Maire lit la liste des soldats du 3 ème régiment des Dragons portés tombés au champ d'honneur le 5 Juin 1940 au Catelet. A chaque nom de la liste, le Maréchal des Logis René DAVID qui porte le drapeau des anciens Combattants répond « Mort au champ d'Honneur », l'émotion est à son comble.

Seuls 5 corps reposent dans le cimetière de Condé-Folie. J'ai pu noter d'autres noms du 3ème RDP... ceux de Pierre Lucien BASTIAN décédé le 7 juin 1940 - tombe 462, Armand BOIREAU décédé le 5 juin 1940 - tombe 1107, Eugène FRITZ décédé le 7 juin 1940 - tombe 1179, René GIRONDE décédé le 5 juin 1940 - tombe 1114, Alexandre HELI décédé le 29 mai 1940 - tombe 912, Heinrich KLEIN décédé le 5 juin 1940 - tombe 1093, Joseph MANDREAU décédé le 28 mai 1940 - tombe 910, Paul Henri ROUSSEAU décédé le 31 mai 1940 - tombe 1116 et Maurice Auguste VALETTE décédé le 5 juin 1940 - tombe 908. Par contre les autres soldats tués le 5 juin 1940 sous le commandement du capitaine MARTEL doivent être enterrés ailleurs mais où ?

Capitaine Jean MARTEL son corps repose dans la tombe 1106, rangée 17 carré D du cimetière de Condé Folie (prendre l'allée centrale côté église et les tombes sont à gauche dans la troisième rangée en comptant du bout; c'est l'allée gauche avant le drapeau).

Tombe 1106 Jean Joseph MARTEL

Tombe 1094 Emile PARMENTIER et tombe 1096 Frédéric PASQUEY

Adjudant Marcel PROVANG
Adjudant Richard PHILIPPE
Maréchal des Logis chef Emile PARMENTIER - tombe 1094 - né le 2 août 1907 à Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe et Moselle) domicilié 18 route nationale à Parangeville (Meurthe et Moselle) fils de Emile PARMENTIER et de Lucie BONTENT époux de Emilienne NICOLAS.
Maréchal des Logis Henri VILLARET
Maréchal des Logis Bernard BRETON
Jean CABY
Alphonse BOCQUET
Jacques ERKER - tombe 1095
Paul MUSY
André POLLET
Isidore SHALL
Gaston PERROTEY
Frédéric PASQUEY - tombe 1096 (Hugues sur le registre de Condé-Folie)
Luigi BONICOLI
Félix MOIROUD
ARBANT Hippolyte André                           
né le 6 novembre 1909
à Saint André sur Vieux Jonc (Ain)
Alfred HILL
Antoine HENRY
Octave GIBERT
Georges GUERRE
François MOIZANS - tombe 1097
Joseph VEYRAT

Tombe 1095 Jacques ERKER et tombe 1097 François MOIZANS

 

M.Aldred HILL tué héroîquement sur les hauteurs du Catelet le 5 juin 1940

né le 27 juin 1912 à Westhoffen (Bas-Rhin) époux de Marie VAGOST et

papa d'une petite fille de 3 ans prénommée Jacqueline

« Nous avions aussi, poursuit monsieur le Maire, des soldats sénégalais du 53 ème RIC dont ne nous connaissons que le numéro du Régiment et le matricule, mais nous pourrions citer…SEKO Konaté, TOGEN Ouerogo, BENAKOLO Kanaté etc…( Ces soldats sont inhumés dans le cimetière militaire de Condé-Folie. J 'en ai compté 82 tués le 5 juin et bien d'autres le 6 et le 7 juin 1940... Je ne sais plus qui m'a raconté que les soldats Sénégalais se cachaient dans le marais et que les Allemands en avaient une peur bleue... sont-ils restés là et ont-ils été tués les jours suivant le jour funeste du 5 juin 1940. N'oublions jamais l'histoire du capitaine N'TCHORERE, lui aussi du 53 ème Régiment d'Infanterie Coloniale mixte Sénégalais, chef de la 7ème compagnie, abattu de trois balles dans la nuque par un officier Allemand le 7 juin 1940 à Airaines; simplement parce qu'il n'avait pas voulu mettre les mains derrière la tête et qu'il s'est dit Officier Français. Le corps de ce capitaine n'a jamais été retrouvé. Il semblerait que les Allemands aient roulé avec leurs véhicules sur son corps et ceux d'autres soldats noirs considérés comme des "sous-hommes" tués de la même façon sans aucune retenue. L'homme est parfois pire que le pire des animaux.)

 

Cimetière de Condé Folie où sont enterrés les soldats Sénégalais du 53 ème régiment RIC

Nous joignons à cette liste Gervais DELASSUS de Long, mort pour la France, le 20 mai 1940 à la chaussée Tirancourt.

Le maréchal des Logis DAVID du 3ème régiment des Dragons portés, survivant glorieux , grand blessé, encore en convalescence, est à nos côtés.

Sur un effectif de 1700 hommes, nous dénombrons seulement 281 survivants dont beaucoup sont encore en traitement dans les hôpitaux.

Ces victimes du devoir nous donnent un grand exemple. Ces braves étaient unis, dans le combat, dans le danger, dans la souffrance. SOYONS UNIS NOUS AUSSI. Rapprochons-nous, serrons-nous les uns contre les autres, aimons-nous, vivons tous pour un, un pour tous, afin de supporter avec courage les terribles épreuves qui nous attendent probablement encore. Je donne l'assurance aux familles qui pleurent leurs chers disparus, que les tombes seront pieusement entretenues. Vos morts sont et resteront les nôtres jusqu'au jour où votre affection nous les reprendra.

 

croix du capitaine Martel, stéle de Jean Gaby sur les hauts du Catelet et tombes des soldats le long du mur du Presbytère.

Après cette très belle allocution de monsieur le Maire, monsieur le Curé monte en chaire pour exalter le caractère religieux de l'héroïsme des défenseurs de LONG auxquels, dit-il, « nous joignons le souvenir de Gervais DELASSUS. Caractère religieux, par exemple dans ce fait qu'on les retrouve le chapelet à la main ; par le fait que se sachant le rempart sacrifié de la Patrie, ils font comme notre Seigneur le don de leur vie ».
Monsieur le Curé lit les extraits de lettres du 24 au 31 mai, où Jean CABY, en terme d'une très grande noblesse de sentiments, décrit la Communion qu'il a reçue dans le bois du Catelet « pour moi tout va bien, pensez plutôt à vous tous, et surtout à ma petite fille ». Comme eux, conclut monsieur le Curé, soyons unis. L'union morale de tous les Français est le devoir le plus urgent.

Après la Messe et l'Absoute, tous se rendent au cimetière militaire, où reposent les Défenseurs de LONG, un DE PROFONDIS y est chanté. Puis a lieu la bénédiction de la plaque commémorative : AUX DEFENSEURS DE LONG, LA COMMUNE RECONNAISSANTE. Ensuite un autre DE PROFONDIS est chanté sur la tombe de Gervais DELASSUS.
Inoubliable cérémonie. Témoignage de sympathie qui alla droit au cœur des familles des chers disparus. Journée d'union et de prière. Journée bienfaisante aux âmes par le rappel de l'idéal réalisé par ces héros.
Ne serait-ce pas déjà le résultat de leur sang, de leur sacrifice ?

Peut-on réaliser aujourd'hui qu'une telle célébration ait eu lieu alors que la commune était occupée par les allemands ? Quel courage !

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La même année 1941, le 14 juillet, Monsieur Dufourmantelle, ancien combattant de la guerre 1914-1918, ayant été amputé d'une jambe lors de cette terrible guerre, muni de toutes ses décorations, va déposer un bouquet de fleurs aux couleurs du drapeau français au Monument au Morts en passant par bravade devant le numéro 5 de la rue Hotton où était installée la kommandantur. Assistaient à cet acte de bravoure Alfred MIANNAY, Maria MIANNAY née LAFARGUE son épouse, Anne-Marie BERTHELOT et son fils Jean, Lucien DUFOURMANTELLE et René BILHAUT.

La famille Dufourmentelle le 14 juillet 1941

devant le monument aux morts

Monsieur Dufourmantelle provoquait le respect des Allemands. On raconte également que Monsieur Dufourmantelle demanda aux Allemands qui donnaient un concert devant la Kommandantur, rue Hotton, de jouer la Marseillaise… le chef de musique s'en sortit en indiquant qu'il n'avait pas la partition. Un vrai personnage, ce Monsieur DUFOURMANTELLE.

 

L'occupation de LONG a donc eu lieu le 20 mai 1940 par les soldats allemands. De nombreux habitants avaient déjà quitté la Commune.

Ces familles rentreront petit à petit , pour la plupart, fin 1940 en trouvant nombre de leurs maisons pillées, portes et fenêtres éventrées. Beaucoup de maisons inoccupées du village sont devenues les logements des soldats allemands (maisons de Monsieur BELLARD rue Hotton et rue Basse, de monsieur DANTEN, de mademoiselle VIVIEN, la maison au n°2 rue de l'Etoile ou le château par exemple). Sur certaines d'entre elles ont peut encore apercevoir un rond noir. La maison de Monsieur Bellard, rue Hotton, est devenue la kommandantur.

Les habitants de LONG ont également accueilli des familles venant du Nord,de la Belgique ou de la hollande… l'une d'entre elles, la famille DAGUERRE a été accueillie par les parents de Michel TILLIER. ( Le fils dans un de ses courriers, nous dit avoir gardé un souvenir fort de cette époque et se souvient très bien de la gentillesse dont il a bénéficiée de la part de tous).
Le village était occupé par un régiment de Panzer légers. Les soldats portaient un uniforme noir avec tête de mort en argent sur le col. Quelques temps après une autre unité de véhicules blindés de l'armée régulière viendra les remplacer.
 

La vie reprenait sa place avec des règles nouvelles. Il y avait un couvre-feu, il fallait un laissez-passer des autorités allemandes pour traverser le pont. Les habitants de la rue basse ( rue du 8 Mai actuelle ) doivent obtenir ce laissez-passer pour venir travailler dans les champs sur le plateau ou se ravitailler.

La vie du village ressemble beaucoup à la vie des autres villages occupés. Restrictions de toutes sortes ; tickets de pain, de viandes, de chaussures, de charbon etc.… la vie y est peut-être un peu plus facile grâce à la pêche, au braconnage (les fusils avaient été réquisitionnés ou cachés) , à l'élevage, à l'extraction de la tourbe ou aux jardins de la Commune.

Monsieur Noé DELASSUS qui a créé une machine à extraire la tourbe permet à la population de se chauffer à moindres frais. 

Les enfants continuaient d'aller à l'école malgré que leurs classes soient réquisitionnées pour servir de dortoir aux soldats allemands. Monsieur et Madame Séqueval faisaient la classe dans l'école des garçons et Mademoiselle FOSSIER dans celle de l'école des filles. Chacun se souvient de la gentillesse de Mademoiselle FOSSIER et de la dureté de Monsieur Séqueval.

Chacun appréciait également le curé de la paroisse, l'abbé Lucien Braconnier, fidèle à sa tonsure toujours fraîchement taillée et à ses sandales noires. Ses messes étaient priantes et Ilda MACHY jouait de l'orgue et son mari Charles actionnait la soufflerie pas encore électrifiée. Le chantre avec sa hallebarde faisait la Loi au sein de l'allée centrale. Beaucoup d'anciens se souviennent de ses belles processions dans le village avec sa troupe de Cœurs Vaillants, suivies par des centaines de fidèles de la région qui entonnaient des chants sous le nez des Allemands.

«  Dieu notre espérance

Étends sur nous tes bras

Sauve, sauve la France

Ne l'abandonne pas. 

Pour ceux qui se souviennent de Madame Charlotte CAILLY qui avait perdu son mari lors de la grande guerre, cette dame fort croyante faisait un reposoir devant chez elle le dimanche. Elle mettait un drap blanc tendu contre sa façade, elle disposait des tables et une gloire garnies de dentelles blanches sur fond rouge ; un voisin ajoutait un rideau bleu … ce qui faisait apparaître les trois couleurs du drapeau français.

Un jour de 1942, les soldats repeignent leurs véhicules et engins en jaune sable ; c'est en écoutant la BBC que les Longiniens comprennent que cette unité va partir très certainement rejoindre Rommel en Libye.

Une autre unité s'installe à LONG. Une unité d'artillerie montée prend donc possession des lieux. Les artilleurs ont installé leurs canons de 77 dans la cour du château et sous les tilleuls sur la place du château.

Les dizaines de chevaux qui étaient nécessaires pour tirer les canons et les écuries du village étaient réquisitionnées. Monsieur TOULET, qui a habité la grand rue, ou Madame Irène Carpentier se souviennent que des chevaux avaient été installés dans sa cour ou leurs étables.

Beaucoup de ces unités en formation occupaient les villages de la région. Les soldats étaient jeunes pour la plupart. L'un d'entre-eux que certains appelaient ch'parisien avait été garçon de café à Paris.

Monsieur TOULET indique que ces hommes subissaient une discipline prussienne et qu'un jour on a entendu dire qu'un jeune soldat s'était suicidé dans les urinoirs de l'école des garçons. 

Cette unité a été remplacée par un régiment d'infanterie. Ces soldats avaient des voitures légères et des motos. C'est peut-être à cette époque que les side-cars rentraient dans le château ? Monsieur Toulet se souvient également des morceaux de musique joués par une fanfare allemande avec clique de fifres et caisses claires.

Le soir dans le café PIERSON en face de la mairie, un Allemand jouait de l'harmonica et un autre chantait du Schubert. Un autre soldat allemand jouait de l'orgue à l'église pour ses officiers supérieurs. Ces événements ont été confirmés par d'autres habitants de l'époque.  C'était peut-être le temps où ch'dré (André MIANNAY), amputé des deux jambes à la suite d'un terrible accident à la gare de Longpré, suivait la fanfare dans son fauteuil roulant en jouant du piston.

Dans une délibération en date du 23 mars 1943 un tirage au sort est fait pour la réquisition de 20 bicyclettes… un Conseiller municipal ayant été tiré au sort quitte la salle en disant qu'il n'admet pas ce genre de désignation.

Dans une autre délibération du Conseil Municipal on apprend qu'un concours de pêche est organisé le 4 avril 1943 pour venir en aide aux prisonniers de guerre. 

Le village apprendra la mort de Pierre PIONNIER le 13 mai 1943, décédé entre deux-bois sans autre précision.

A partir de la fin de l'année 1943, des centaines de bombardiers passent souvent au dessus de LONG pour aller bombarder les villages du plateau et les rampes de lancement de V1 ou de V2. Ailly-le-Haut-Clocher souffre beaucoup de ces bombardements et voit une grande majorité de ses maisons touchée ou détruite. Lors de cette période, les avions lâchent leurs réservoirs et plusieurs d'entre eux tombent sur le plateau. Beaucoup d'habitants d'Ailly viendront se réfugier à LONG.
La résistance s'organise dans la région et quelques habitants se joignent aux groupes existants. L'abbé Braconnier aide depuis longtemps au passage de la Somme. Le curé Holleville de Francières ou le curé Bulot de Coquerel font de même et sont aidés en cela par Monsieur Jouglaire à Longuet, Monsieur Tricot ou la famille LIBRAIRE à Cocquerel. (Rosemonde LIBRAIRE se noya d'ailleurs lors d'un passage de la Somme ; elle avait 17 ans et faisait partie d'un réseau de résistance de belge, le Caviar). A Pont-Rémy aussi Monsieur PELTIER faisait passer la Somme
A LONG, Alfred MIANNAY, Yvon COZETTE, Gaston et Lucien DUFOURMANTELLE ainsi que Clotaire CARPENTIER se cacheront dans différents lieux. Ils faisaient partie du réseau « BIR AKEIM ». A ces noms il faut ajouter Maurice DUTHOIT de Liercourt et Octave LIBRAIRE de Cocquerel. Ils ont d'ailleurs reçu la médaille de la Libération.

 



Long connaîtra de plus en plus les alertes et le bruit de la sirène qui obligeaient les habitants à se cacher dans les caves, dans les souterrains ou sous l'escalier de l'église. Les canons d'une batterie D.C.A installée sous le bois de monsieur MAREST en haut du village abattront plusieurs avions anglais. Un pilote est même recueilli par la famille CAILLY-SUPERVIELLE qui aidera ce militaire à atteindre la ferme du prieuré à PONT REMY afin de rejoindre l'Angleterre par d'autres réseaux.
Un autre aviateur anglais, tombé dans l'étang « la Mare au Diable » est sauvé par monsieur André FOURNIER qui s'est courageusement jeté à l'eau pour le sauver. Les allemands l'emmenèrent et on ne sut jamais ce qu'il était devenu.



Des habitants de LONG devaient garder la voie ferrée, les ponts et l'écluse ou planter des rondins de bois effilés (les célèbres asperges de Rommel) dans la plaine pour empêcher les planeurs de se poser. Ils étaient payés pour ce travail et il n'était pas rare de sauter d'un trou dans un autre déjà comptabilisé pour être une nouvelle fois payé…

Les 1 et 2 janvier 1944, les habitants d'Ailly-le-Haut-Clocher viennent se réfugier avec leur bétail à LONG après les bombardements qui ont détruits toutes les maisons à l'entrée d'Ailly.


En Mai 1944, LONG subit de violents bombardements aériens qui ont pour objectif la destruction du PONT. Ce sont des chasseurs bombardiers de l'armée américaine qui lâchent leurs bombes.

Dessin de Monsieur René BILHAUT...

Le campanile de l'hôtel de ville n'est plus là... et la rue basse presque totalement détruite

Le premier aura lieu le 9 Mai 1944 vers 13 heures 30. Il détruit la maison CHIVOT au lieudit « al'molieu » et les chalets où vivait la famille FONTAINE près du pont de la vieille Somme (à l'endroit du camping le grand pré aujourd'hui).

Plusieurs victimes sont à dénombrer :
Mme FONTAINE née SAINT GEORGES Sidonie âgée de 21 ans
Mme FONTAINE Jacqueline née PIERRE âgée de 39 ans
M.FONTAINE Pierre François âgé de 62 ans
Mlle FONTAINE Jacqueline âgée d'à peine 3 ans

 

  Rue Basse avant et après les bombardements de mai 1944

Rue Basse avant et après les bombardements de mai 1944


Ce même 9 Mai 1944 à 18 h 30, un deuxième bombardement détruit toutes les maisons situées rue Basse (aujourd'hui rue du 8 Mai) à l'exception de celle de monsieur PECQUET Fernand et tue :
M. MAREST Samuel qui était attaché à la défense passive, requis, âgé de 47 ans.
M.CARPENTIER Robert sapeur pompier tué en service commandé, âgé de 33 ans .
M.DADIER Pierre de Longpré-les-Corps-Saints gravement blessé qui décédera dans les jours suivants.
Mme DADIER Henriette née POIRE de Longpré-les-Corps-Saints
Monsieur et madame DADIER étaient venus se rendre compte de LONGPRE des dégâts occasionnés à LONG.
Mme CHARRIER Renée née MICHELITZ de Condé-Folie âgée de 34 ans.
M.VASSEUR Adrien de l'Etoile âgé de 39 ans.

Le pont ne sera détruit que le lendemain 10 Mai 1944. Lors de ce bombardement le chalet construit par monsieur PONCHE en 1911, l'Hermitage, s'effondra sur son nouveau propriétaire, Monsieur Léon Champion, ancien notaire, et le tua. Il resta plusieurs jours sous les décombres de sa maison.
 

Il y eut de nombreux blessés pendant ces différents bombardements:
MM .NOYELLE Maurice
YSSEMBOURF Charles
LOURDEL Maurice
DEVELUY Abel
VIOT Daniel
DELIGNIERES travaillant au PTT
DAILLY Charles
GODEFROY
SUPERVIELLE Paul
De SAINT RIQUIER Joseph
COYETTE Paul
MIANNAY Yves
CARTON Elie
CARPENTIER Clotaire
DUPONT Marcel
MERCIER Maurice

Une bombe tomba près du pont Vincent sans exploser. ( Lors des travaux effectués dans les années 1980 sur le pont Vincent, les démineurs sont venus pour essayer de localiser cette bombe mais ils ne l'ont pas trouvée).

Le pont de LONG fut aussitôt remplacé par un pont de bois.

Pour la petite histoire, Monsieur Gaëtan Carpentier, Maire de LONG, enregistrera les actes de décès des morts du 9 mai et ce seront les derniers actes d'Etat Civil qu'il signera. Le lendemain, ce sera son adjoint, Monsieur Lucien CHIVOT qui enregistrera le décès de Monsieur Champion.

Dans la nuit du 19 au 20 mai 1944, un avion « Lancaster », abattu par la D.C.A Allemande, tombe sur le banc des roquenetttes et dans l'étang de la Russie.

En voici le récit :

« Dans la nuit du 19 au 20 mai 1944,  8 opérations furent montées… l'une d'entre elles concernait 112 Lancasters et 9 Mosquitos appartenant aux groupes 5 et 8 qui devaient attaquer les installations de la gare de Longueau. Le lancaster ND 689 a décollé à 22 heures 56 de la base de DUNHOLME-RODGE (Angleterre). Le mauvais temps et les nuages empêchaient le chef des opérations de suivre le déroulement de l'opération. Il arrêta donc l'attaque avant même que la moitié des avions ait bombardé. Seuls 37 lancasters ont pu larguer leurs bombes. Un Lancaster ne rentra pas en Angleterre, le ND689 de l'escadrille 44 qui tomba dans la zone des objectifs » dit un texte anglais pris certainement dans un registre des missions des aviateurs. Ce texte indique également que 5 des 8 membres de l'équipage furent tués, mais P/O Hobbs et 2 membres de l'équipage furent fait prisonniers de guerre.

On peut imaginer qu'après avoir essuyé le tir de la DCA, l'appareil a été touché et le pilote a certainement essayé de se poser dans un étang mais après avoir touché le banc de « roquenette », il tomba dans l'étang de la Russie à Long.

Le 20 mai 1944 quelques habitants de la Commune purent approcher l'avion avant l'arrivée des Allemands. Ils trouvèrent un aviateur mort dans le nez de l'avion et 2 autres dans la queue dont un avait un parachute à moitié ouvert.  On raconte même que des habitants avaient pris un parachute pour en faire des vêtements féminins et des chemises en nylon …

L'Association des Ailes anciennes

Nous en savons plus depuis que L'Association des Ailes anciennes du Bourget a effectué à plusieurs reprises de nombreuses fouilles dans les eaux de l'étang de la Russie. Entre  1995 et septembre 1998 ils ont  récupéré  trois moteurs Packard Merlin 38 ainsi que plusieurs autres pièces. Cinq bombes furent également découvertes à cette occasion. Les pièces trouvées ont donné plusieurs indications intéressantes:

-le couvercle du magasin du film de la caméra portait les lettres KM A montrant l'appartenance de cet avion au squadron 44.

-sur un panneau de la queue l'Association des Ailes anciennes trouvèrent les lettres ND.  

Ces passionnés nous ont donné quelques explications supplémentaires après avoir trouvé dans un volume de 1944 de « Bomber Command Losses » de W.R CHORLEY.

L'avion codé KM O doit être le lancaster, squadron 44 de la R.F.A, dont le numéro de série est le ND689/G (les moteurs utilisés pour cette tranche de production étaient des Merlin 38 comme ceux trouvés dans notre étang de la Russie).

Tombes de LE GARNSEY, de TP FENWICK et de JC BARBER

au cimetière militaire dans le cimetière d'Abbeville

Dans ce livre  et celui de J.P DUCELLIER (la guerre aérienne dans le nord de la France), on trouve le nom des membres de l'équipage :

P/O V J HOBBS                                    Pilote - prisonnier de guerre


F/O   J C Robert John BARBER (RCAF) second pilote de la Royal Canadian Zir Force, originaire de TORONTO (Canada) tué au combat (enterré à Abbeville dans le cimetière militaire - 4ème tombe dans l'allée 6 E)

    
Sergent A G HALL         
                           Mécanicien volant - prisonnier de guerre


F/S Sergent Thomas Philipp FENWICK   Navigateur - âgé de 22 ans, originaire de Gainsborough (Angleterre) tué au combat (enterré à Abbeville dans le cimetière militaire - 6 ème dans l'allée 6 H)


WOZ Donald John J SCOTT (RCAF)   Officier de bombardement, orinaire de Vancouver (Canada) tué au combat (est enterré à Amiens dans le cimetière militaire de Saint Pierre.


Sergent John Edwin GARNSEY            Radio âgé de 23 ans, originaire de Thornaby-on-Trees (Angleterre) tué au combat (enterré à Abbeville dans le cimetière militaire - 1er dans l'allée 6 G)


Sergent C T WRIGHT 
                              mitrailleur dorsal - prisonnier de guerre


Sergent S B INGRAM                               mitrailleur arrière - porté disparu - est répertorié sur le panneau 211 du mémorial de RUNNYWEDE.

Cimetière militaire d'Abbeville

Un des morts, Donald John SCOTT, n'est pas enterré au même endroit; ce qui pourrait indiquer qu'il ait survécu au crash et qu'il soit mort plus tard dans un hôpital, confirmant ainsi l'histoire de l'aviateur grièvement blessé parce qu'il avait sauté en parachute mais à trop basse altitude. Il est enterré dans le carré militaire du cimetière Saint Pierre à Amiens. Est-ce le soldat recueilli par le curé de Condé-Folie puis fait prisonnier par les Allemands ?

Tombe DJ SCOTT

Cimetière Saint Pierre à Amiens

Le livre de W.R CHORLAY indique également que le corps d'un membre de l'équipage, le sergent SB INGRAM n'avait jamais été retrouvé. On peut imaginer que ce pauvre soldat soit encore au fond d'un de nos étangs…

Cet avion quant à lui retrouve un peu de vie grâce a cette formidable  Association du BOURGET qui restaure un Lancaster… Ils ont offert aux sapeurs pompiers de Flixecourt une hélice qui est resté longtemps devant la caserne avant d'être donnée à la commune de LONG.. Ils sont en train de restaurer avec beaucoup de passion un des moteurs du Lancaster ND689/G pour que nous puissions l'exposer à LONG près de l'hélice et ainsi faire revivre le courage de ces aviateurs morts pour la liberté de notre Pays.

  Hélice du lancaster et les Membres passionnés des Ailes anciennes - photo retravaillée par un passionné qui a su redresser le tout.

qui restaurent un lancaster

Le 2 juillet 1944 monsieur Gaëtan CARPENTIER, né le 20 juin 1880 à LONG, retraité de l'éducation nationale, maire de la commune de LONG, meurt dans le "train de la mort" à l'âge de 64 ans qui l'emmenait en Allemagne. Il faisait parti du convoi n°7909 et est mort entre le 2 et le 5 juillet 1944 dans ce train qui l'emmenait de Compiègne à Dachau en Allemagne. Il avait été arrêté par la gestapo "Française" certainement fin mai 1944 à la Mairie. Certains se souviennent encore de la traction avant noire, des hommes en manteau de cuir et de leur chapeau… Monsieur CARPENTIER, âgé de 64 ans, s'opposait souvent aux réquisitions imposées …dénoncé, il a été emmené comme déporté politique.

Dans les registres de l'état civil de la commune, nous apprenons que Monsieur Gaëtan CARPENTIER a signé:

son dernier acte de naissance le 23 avril 1944, celui de Robert DUFRUIT

son dernier acte de mariage le 8 avril 1944, celui de René Louis Joseph MAUPIN et de Georgette Simonne VASSEUR

son dernier acte de décès qui sera également le dernier acte d'état civil qu'il signera, celui de Renée Julia CHARRIER épouse MICHELITZ décédée le 9 mai lors des bombardements, acte dressé le 13 mai 1944.

La famille de Monsieur CARPENTIER Gaëtan, Maire de LONG

Dans le livre de Christian BERNADAC paru aux éditions France EMPIRE le nom de monsieur Gaëtan CARPENTIER figure parmi la liste des 536 morts du convoi du 2 juillet 1944 page 341. Cité également dans le livre mémorial des Déportés de France de la F.M.D dans le tome 2 page 1100 et sur la plaque commémorative du train de lamort à Amiens.

Le Conseil municipal ne connaissant pas la situation l'a maintenu dans sa fonction jusqu'en 1947.
Une transcription de jugement déclaratif de décès sera portée dans les registres de la commune le 20 janvier 1947 par monsieur Robert COFFINIER adjoint faisant fonction de maire en l'absence du Maire.

On apprendra par la suite qu'il était chef d'un réseau de résistant et qu'il avait été dénoncé.

 

Monsieur Gaëtan CARPENTIER

est inhumé dans le cimetière de LONG

(tombe n° 92)

Dans un journal du midi de 1966 nous apprenons dans un article signé Jacques SARROLA qu'un Longinien a débarqué en provence le 15 août1944 avec la 9 ème division coloniale ... blessé il sera soigné à Orange... Pierre DANTEN sera cantonné à la caserne de gendarmerie mobile pour y être soigné et passé sa convalescence avec d'autres blessés. Nous apprenons cela grâce à Madame Claudia OTT qui s'était battu pour que ces hommes aient des lits. Ils couchaient par terre. Puis elle a invité 4 soldats à venir manger chez elle chaque dimanche... Pierre DANTEN était de ceux-là... il tiendra une promesse qu'il avait faite de revenir voir sa bienfaitrice à Orange 20 ans après... ce sera 22 ans après mais les retrouvailles ont été très émouvantes pour eux deux... Pierre DANTEN avait émigré au Canada et travaillait dans l'aviation. Il revit 2 autres fois Claudia OTT accompagné de son épouse Madeleine.

Pierre DANTEN

reçu une citation à l'ordre de la 9ème Division d'Infanterie Coloniale

"cité à l'ordre du régiment pour sa billante conduite au cours des opérations d'Alsace le 23 novembre 1944."

Il a droit au port de la croix de guerre avec étoile de bronze.

Il avait en outre assuré une missionde liaison avec calme et sang-froid et avait été blessé au cours de cette mission effectuée

dans des circonstances dangereuses alors que son poste avait été attaquée de nuit.

Monsieur Désiré MARGRY explique que pendant les derniers jours d'août, il a vu passer des centaines de soldats de l'armée allemande en déroute.

Le 31 août Amiens est libéré.

Monsieur Paul DELIGNIERES indique que le 31 août 1944, de violents bombardements touchent Le Catelet et Longpré-les-Corps-Saints… Il précise que des bombardiers et des chasseurs arrivaient dans tous les sens. La D.C.A allemande a touché deux avions ; un tombe à l'Etoile et l'autre à Bettencourt-Rivière. Les Allemands viennent chercher des hommes dans le souterrain rue de la cavée. Monsieur DELIGNIERES fait partie de la dizaine d'hommes emmenés mais il arrive a se sauver et va se cacher dans la sacristie avec l'abbé Braconnier.

Pendant la nuit de violents bombardements de l'artillerie anglaise et de l'artillerie allemande illuminent le ciel au dessus de Long. De nombreux soldats allemands sont tués.

Monsieur MARGRY nous apprend que le 1 septembre des dizaines de chars occupent le coteau du Catelet, dissimulées dans les bois et les chemins creux venant d'Airaines. Il explique que lorsqu'ils ont commencé à ouvrir le feu, il pouvait voir les impacts des obus sur le haut de Long et que les canons allemands ont peu répondu à la puissance de tir des Anglais.

Maison de Madame Suzy DELIGNIERES

avant sa destruction en 1944

Grand rue

L'hôtel de ville sans son campanile

Ces violents bombardements détruisent les maisons de la famille DELIGNIERES, l'épicerie de  monsieur TAVERNIER rue Hotton, de mademoiselle CAILLY Marie rue tambour, les magasins que monsieur Alphonse LOURDELLE avaient fait construire rue Goët (actuellement n°5 et 7 de la rue Gaëtan Carpentier), la grange de monsieur BILHAUT dans la grand rue ainsi que l'atelier de monsieur PIERSON et les bâtiments de monsieur Elie Carton dans la rue Tambour. D'autres immeubles ont été endommagés et monsieur Paul DANTEN a vu la maison qu'il habitait traversée par un obus. L 'église a également subi des dégâts et de nombreux vitraux devront être restaurés.
A la suite des bombardements les canalisations d'eau sont détruites et les habitants doivent s'alimenter aux pompes rue de l'abreuvoir et rue de la Poissonnerie
(malheureusement cette pompe a été volée il y a quelques années).
Les allemands ont disposé des canons sur la place du château et près du gros arbre (aujourd'hui rue du 11 novembre).

dessin de Monsieur BILHAUT représentant la rue Gaëtan Carpentier

avant sa destruction


Enfin dans la matinée de ce 1 septembre les anglais arrivent sur la chaussée du Catelet. Monsieur Guy DELASSUS qui travaillait dans le marais, près de la centrale hydroélectrique, a son attention attiré par le vol d'un piper cub, avion léger de reconnaissance allié. Il monte en haut de l'échelle posée contre le pignon du bâtiment construit à proximité des tourbières et voit une colonne de chars arriver de Longpré et prendre la direction de LONG. Elle emprunte la chaussée du Catelet pour rejoindre les ponts de LONG, les seuls qui n'aient pas été détruits dans la région. Lui aussi raconte que dès lors les chars en position sur la crête au-dessus du Catelet se mettent à tirer. Les habitants de LONG se cachent dans les caves et le souterrain.

Pont de la rue basse (rue du 8 mai)

Rue Basse et pont ... les bombardements ont fait de gros dégats

Dessin de Monsieur René BILHAUT montrant le pont et le sherman le 1 septembre 1944...

Le premier véhicule portait un pont suspendu pour renforcer le pont de la Somme reconstruit à la hâte après les bombardements de Mai. Ce pont de bois devait supporter le passage des centaines de blindés devant emprunter cette route. Les artilleurs allemands tentent d'arrêter les premiers chars. Un char  bloque le pont, les allemands lui tirent dessus et tuent un soldat du Royal Scots GREYS, Royal Armoured Corps, division de tanks), Fred HAYWOOD, trooper n°14351362. Le soldat Fred HAYWOOD s'enrôla dans l'armée territoriale à BERVERLEY au 54 th Training Régiment RAC. dans son livret militaire (Army book) il est décrit .... taille 1.70 m, tour de poitrine 90 cm, teint frais aux yeux bleus et aux cheveux noirs.

Soldat Fred HAYWOOD

Il servit en Italie avant de participer au débarquement de Normandie... Il continuait son périple lorsqu'il arriva à LONG. Quand il fut tué, au mépris total de sa sécurité, il était descendu de son char et essayait d'attacher un câble de remorquage pour le dégager du pont et laisser ainsi passer d'autres chars. Il a reçu une balle mortelle tiré par un sniper. Fred HAYWOOD, né le 8 novembre 1916 à BRAITHWELL (angleterre), laisse une épouse en deuil et une fille qui porte le prénom de Doreen née le 27 novembre 1929. Son corps sera emmené dans l'église de LONG par des habitants avant d'être enterré quelque temps dans le cimetière de LONG après une cérémonie très émouvante... Monsieur TROGNEUX raconte que Mlle Colette DEVIENNE (Anglaise et jolie fille) alla déposer un bouquet de fleurs sur son corps repôsant dans l'église. Dans une lettre de son commandant de chars, le Lieutenant-Colonel CADMAN adressée à sa veuve, il est dit que de nombreux villageois participèrent à l'enterrement et qu'il y eut assez de fleurs pour remplir un camion de 3 tonnes. Dans cette lettre son commandant expliquait que Fred connaissait les risques qu'il prenait et qu'il considérait son action comme l'une des plus braves qu'ait effectué un membre de son régiment. Le corps de ce brave soldat sera récupéré par son unité pour être inhumé en 1948 dans le cimetière militaire du Commonwealth War Graves cemetery d'Abbeville. ( Aujourd'hui subsiste une plaque à sa mémoire sur le mur de la maison portant le n°2 de la grand rue et une autre plaque au pont de la rue du 8 mai). Le 9 novembre 1946, le Général BONNEAU, ministre de l'armée française, signa une citation attribuant à cet héroîque soldat la croix de guerre pour sa bravoure (médaille équivalente à la Victoria Cross).

La croix de guerre

remise au soldat Fred HAYWOOD

 

Tombe du soldat Fred Haywood dans le cimetière du Commonwealth War Graves Cemetery d'Abbeville, plot 8, rangée A, Grave 11

73 ans après les faits, la Commune de LONG a enfin pu remercier la famille de Fred HAYWOOD et honorer ce soldat qui a donné sa vie pour notre liberté.

Grâce à la passion de Monsieur Daniel PERILLIER, Président du CARTM-ACPG de LONG et COCQUEREL et à l'aide précieuse de Monsieur Mathieu LECUL

de Brucamps la Commune de LONG a pu organiser cette rencontre avec la famille et cela restera une belle page de notre histoire locale.

Plaque installée au pont

en mémoire du trooper Fred HAYWOOD

Grâce à la passion et à la volonté de Monsieur Daniel PERILLIER

Président des CATM et Anciens combattants de LONG et Cocquerel

qui tenait depuis des années à l'installation de cette plaque

Les Allemands sont vite mis hors de combat. Deux jeunes sodats SS sont sur la place du château avec un quadruple canon... L'un est tué et gît sur le siège de son canon, l'autre est blessé à la jambe, crie et demande de l'aide. Monsieur René BILHAUT nous a raconté qu'il reclamait son révolver pour se suicider... Mademoiselle Annette DANTEN, infirmière du village lui fera une piqûre pour calmer ses douleurs. Il sera emmené par les Anglais pour être soigné. Le char coincé sur le pont est poussé dans la Somme après que le Lieutenant MARIGNY ait enlevé les charges de dynamite sous le pont... et la file de chars « sherman » reprend sa route. L'infanterie investit le village et libère rapidement la commune. On dit qu'à 17 heures, les Anglais ont pris le temps de boire le thé… c'est certainement à ce moment là que les habitants viennent crier leur joie d'être libéré et leurs remerciements à leurs sauveurs. On dit même qu'Elie CARTON a sorti son cor et a entamé la Marseillaise ! Des habitants essaient d'éteindre le feu qui s'est déclaré dans l'atelier de Monsieur PIERSON, 8 grande rue, avec la pompe à bras alimentée par des seaux d'eau puisés dans la Somme en passant dans le chemin qui existait près de la mairie.

Monsieur René BILHAUT nous a raconté également qu'un vieux soldat Allemand, Adolphe, qui avait déjà fait la guerre 1914 - 1918, bien connu dans le village, avait promis de ne pas faire sauter le pont malgré les charges installées. Il a tenu sa promesse.

Les combats reprennent et les habitants retournent vite dans les caves et les souterrains. Les batteries de canons de 105 cachées dans le bois Marest ou au dessus du chemin d'Amiens et pointées sur la chaussée du Catelet sont bombardées. ( Lors de mes recherches dans le souterrain de la rue de la cavée, j'ai découvert des grenades et des balles et une inscription au dessus de la porte d'une cavité : 6 juin 1944 et les noms de Aléxis MIANNAY et Christian GERVOIS… à quel moment a été inscrit cette date ?). Une contre-attaque sera menée le 2 septembre dès 7 heures par les Allemands sans succès.

Plusieurs maisons du village sont toujours en feu… Celle de Mademoiselle Marie CAILLY rue tambour, les magasins de Monsieur Alphonse LOURDELLE rue Goët(aujourd'hui rue Gaëtan Carpentier). Un tank dont le chauffeur a été aveuglé par la fumée de l'incendie des maisons de Messieurs DELIGNIERES et TAVERNIER touche le mur de l'escalier de l'église avec ses chenilles et laisse une trace qui existe encore aujourd'hui. Vous pourrez y découvrir la plaque installée par Monsieur Daniel PERILLIER, président des Anciens Combattants de Long.

André FOURNIER est blessé à LONGUET, traversé par une balle au niveau de la hanche. On le transporte sur une éhelle jusqu'à LONG. Il sera emmené à Bayeux pour y être soigné ; un soldat allemand, blessé au thorax sera également emmené. On dit que ce soldat avait refusé de détruire le pont.
Rappelons qu'André FOURNIER avait été fait prisonnier et enfermé dans un camp de Poméranie au début de la guerre, qu'il tenta de s'évader mais qu'il fut repris par les allemands. Il sera libéré en 1942 grâce à de faux papiers. Un peu plus tard, il plongea et sauva un soldat anglais tombé dans un étang.

Pour la petite histoire son frère, René FOURNIER, colonel, lui aussi a été fait prisonnier et essaya de s'échapper par trois fois sans succès. Il a fini la guerre dans une forteresse.
Les habitants sortent peu à peu de leurs caves, des souterrains et fêtent leurs  libérateurs… Les bombardements continuent sporadiquement mais la libération de LONG et de la région est en marche.
Les jours suivants se sont près de 7500  véhicules qui passeront sur le pont de LONG, le seul restant debout dans toute la région. La division " Mongo" du Général MONTGOMMERY continuera à repousser les Allemands 'les doryphores" comme ils disaient vers Abbeville (libéré par les Polonais le 3 septembre) puis vers Calais et Boulogne avant de les repousser définitivement vers l'Allemagne.


Deux autres enfants du pays ont trouvé la mort dans les combats :

Tombe de Lucien DUFOURMANTELLE

près de l'église

Lucien DUFOURMANTELLE touché par une balle le 1 septembre à Fontaine-sur-Somme décédera à Longpré-les-Corps-Saints des suites de ses blessures le 2 septembre 1944. Il était âgé de 28 ans. Il semblerait qu'il était accompagné par Messieurs Yvon CAILLY et DUTOIT aux dires de Monsieur René BILHAUT âgé de 17 ans à cette époque...

 

 

Lucien Dufourmantelle, la croix de sa tombe près de l'église de LONG et la stèle de Fontaine-sur-Somme toujours fleurie...

Tombe de Monsieur Joseph LEVEQUE

à LONG (N° 740)

et Joseph LEVEQUE, né le 19 août 1913 à LONG, fils de Joseph Léandre Alphonse LEVEQUE et de Gabrielle LABALESTRIER, époux de Yvonne Léone Alfrédine DOVERGNE est tué à Ailly-le-Haut-Clocher le 06 septembre 1944 à 23 heures dans d'étranges circonstances, à cause d'un mot de passe ( Paris) mal prononcé. Sa mort sera déclarée par Alfred DUFOURMANTELLE, âgé de 51 ans, chef de groupe FFI.

Joseph LEVEQUE repose dans

le cimetière de LONG

Dans un document très intéressant que je viens de retrouver du groupement de résistance "Charles de Gaulle" daté du 15 septembre 1944, l'Adjudant MENNECIER de la brigade de gendarmerie de PONT-REMY parle des évènements lors de la libération et notamment de Monsieur Pierre TABART et de son action au sein du 3 ème groupe: en voici le texte:

" le 2 (!!!) septembre 1944, dans la matinée les premiers éléments motorisés étant signalés, le chef de groupe TABART, en coopération avec les groupements de LONG, se porta avec son personnel à proximité du pont de la Somme, à LONG et lors de l'apparition du premier char allié, un feu nourri fut ouvert sur les deux Allemands chargés de la mise à feu pour faire sauter le pont. Un Allemand fut tué, l'autre blessé. Le pont était intact. Une dizaine de chars passèrent la Somme à l'aide d'une passerelle de renfort jetée hativement sur le pont en bois. Un char s'étant mal engagé , il tomba avec la passerelle, dans le cours d'eau. Cependant , l'artillerie allemande tenait toujours ce passage sous le feu violent. La tête de pont était très fragile, les autres engins blindés ne pouvant pas passer, le pont étant trop faible. Craignant tout d'un retour offensif de l'ennemi retranché à l'Ouest de LONG et au hameau de Longuet, Commune de Cocquerel, ainsi qu'au Nord de la localité, le long du G.C. 112, dans les marais, le 3 ème groupe se porta avec les autres groupements dans ce secteur et harcela l'ennemi jusqu'à la nuit tombée. Ils réussirent à s'infiltrer jusqu'au hameau de Longuet mais durent se replier sous le feu nourri des armes automatiques allemandes.

Au cours de ces opérations, vingt et un soldats allemands furent capturés. Le gendarme TABART fut légèrement blessé au genou droit par éclat d'obus et Monsieur FOURNIER André fut bléssé par balle à la cuisse droite. Le 3 au petit jour, les colonnes motorisées amies dégagèrent définitivement LONG et ses abords. Le nettoyage était terminé. "

Signé MENNECIER

Un autre rapport de l'Adjudant MENNECIER en date du 13 novembre 1944 explique les différentes opérations lors de la guerre depuis le 25 juin 1940 ... et de la coopération avec la résistance et notamment avec les chefs de groupe F.T.Pet F.N dont faisait partie Lucien DUFOURMANTELLE, Pierre LEROY, Charles DEVAUX, René LOURCEL, André PHILIPPE et Jean FUZELLIER. Les gendarmes avaient pour mission:

-désorienter les recherches pour couvrir les opérations des membres de la résistance, lors des sabotages, attaques des mairies et autres coups de main.

-donner toutes les indications aux chefs de groupe sur le résultat de leurs opérations.

Dans ces conditions l'activité de la résistance a été très contenue et soutenue dans la circonscription., savoir:

sabotage des voies ferrées: 13

sabotage des écluses: 1

sabotage de transformateur électrique: 1

sabotage des communications téléphoniques: 1

attaque de perception et bureaux PTT: 5

attaque de Mairies (vol de titres de rationnement: 11

suppression d'un collaborateur: 1

Dans ce rapport il y a une chose très intéressante concernant le groupe F.P.T de LONGet notamment ce qui se passa le 14 août 1944... grâce à l'adjudant MENNECIER qui a manoeuvré dès son arrivée à PONT REMY en 1944 pour gagner la confiance des agents de la Gestapo et qui obtenait les informations concernant les expéditions projetées, il a pu prevenir le groupe de Lucien DUFOURMANTELLE qui a échappé de peu à l'arrestation de ses membres.

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La guerre a donc tué de nombreuses enfants de LONG :

1 soldat, Monsieur Gervais DELASSUS

2 résistants, Messieurs Lucien DUFOURMANTELLE et Joseph LEVEQUE

Toutes les personnes qui sont mortes lors des bombardements des 9-10 et 11 Mai 1944 dont Samuel MAREST et Robert CARPENTIER qui faisaient partie de la défense passive

et le Maire de la Commune Monsieur Gaëtan Carpentier mort dans le train de la mort.

Il ne faut bien évidemment pas oublier non plus les nombreux prisonniers de guerre: Messieurs BRIOIST André, PERILLIER Aimé, CAILLY André, CAILLY René, Maurice DECAYEUX, ... Ils rentreront au village bien après la libération de LONG. Maurice DECAYEUX, qui avait déporté en Allemagne est rentré en 1945 très affaibli et amaigri, il mourra quelques temps après.


La France a reconnu les sacrifices de la commune de LONG en lui remettant le 11 Novembre 1948 la CROIX DE GUERRE avec la citation à l'ordre de l'armée :

           « Courageuse Commune, au tiers détruite par la guerre de 1939-1945.

                            S'est remise avec foi et ardeur au travail »  

Archives militaires – sites internet – remerciements à Monsieur Jean BELLARD, la famille DELIGNIERES, à Madame MARTEL, à Monsieur Paul DANTEN, à Monsieur PECQUET Jacques, à Monsieur René BILHAUT, à Monsieur TROGNEUX, à M. TOULET, à Monsieur Mathieu LECUL, à la famille Dufourmantelle, à celle du trooper Fred HAYWOOD, etc…

LB