
TOTAL DES PERTES |
||||||
PAYS |
Hommes mobilisés |
Morts |
Blessés |
Prisonniers et disparus |
TOTAL DES PERTES |
PERTES EN POURCENTAGE DU TOTAL DE MOBILISES |
Russie |
12 000 000 |
1 700 000 |
4 950 000 |
2 500 000 |
9 150 000 |
76,3 % |
France |
8 410 000 |
1 357 800 |
4 266 000 |
537 000 |
6 160 800 |
73,3 % |
Empire britannique |
8 904 467 |
908 371 |
2 090 212 |
191 652 |
3 190 235 |
35,8 % |
Italie |
5 615 000 |
650 000 |
947 000 |
600 000 |
2 197 000 |
39,1 % |
Etats-Unis |
4 355 000 |
126 000 |
234 300 |
4 500 |
350 300 |
8,0 % |
Japon |
800 000 |
300 |
907 |
1 210 |
0,2 % |
|
Roumanie |
750 000 |
335 706 |
120 000 |
80 000 |
535 706 |
71,4 % |
Serbie |
707 343 |
45 000 |
133 148 |
152 958 |
331 106 |
46,8 % |
Belgique |
267 000 |
13 716 |
44 686 |
34 659 |
93 061 |
34,9 % |
Grèce |
230 000 |
5 000 |
21 000 |
1 000 |
27 000 |
11,7 % |
Portugal |
100 000 |
7 222 |
13 751 |
12 318 |
33 291 |
33,3 % |
Monténégro |
50 000 |
3 000 |
10 000 |
7 000 |
20 000 |
40,0 % |
Alliés TOTAL |
42 188 810 |
5 152 115 |
12 831 004 |
4 121 090 |
22 089 709 |
52,3 % |
Allemagne |
11 000 000 |
1 773 700 |
4 216 058 |
1 152 800 |
7 142 558 |
64,9 % |
Autriche-Hongrie |
7 800 000 |
1 200 000 |
3 620 000 |
2 200 000 |
7 020 000 |
90,0 % |
Bulgarie |
1 200 000 |
87 500 |
152 390 |
27 029 |
266 919 |
22,2 % |
Empires centraux TOTAL |
65 038 810 |
8 538 315 |
21 219 452 |
7 750 919 |
37 494 186 |
57,6 % |















au 42ème régiment d'artillerie, 66 ème batterie dit "tchot Elie"
Il y a quelques anneé déjà, tchot'Luce, la fille de ce soldat m'a montré les notes qu'elle avait prises auprès de son père qui lui racontait sa guerre 1914-1918, elle me les a confiées en me disant qu'elle ne voyait que moi à qui les donner et qu'un jour, je saurai quoi en faire... eh bien voilà donc la guerre de Monsieur Elie CARTON dans les Dardanelles, à VERDUN au chemin des Dame, sans la Somme, des lieux mytiques de la première guerre mondiale. Il a combattu dans tous ces lieux mythiques. Cela semble incroyable et pourtant ! Alors, je suis très heureux de partager avec vous l'histoire extraordinaire d'un des jeunes de LONG, un de ces héros ordinaires comme beaucoup, qui est rentré chez lui après cette boucherie qui n'a pas empêché la seconde guerre mondiale malgré le "plus jamais ça !"...
"Il était midi, je revenais des champs à faire la moisson lorsque j'aperçu sur le perron ma mère et mes soeurs qui pleuraient. Le garde-champêtre venait de tambouriner: "Tous les enfants du village née en 1894, âgés de 20 ans, doivent se présenter en mairie, ils sont appelés sous les drapeaux par ordre de mobilisation".
Cette nuit là, je ne dormis guère et j'étais très énervé, sans savoir tout ce qui allait m'arriver. Malheureusement le lendemain matin, le 27 août 1914, mes parents et mes soeurs me conduisirent à la gare de Longpré en voiture à cheval pour prendre le train ... Ce fût un moment déchirant. Le cheval lui aussi s'est mis de la partie et lorsque je suis monté dans le train, il s'est mis à hennir. C'était un aurevoir horrible. Arrivé à Abbeville, au bureau de recrutement, on me remit le fascicule de mobilisation et de là je partis pour LANDERNEAU. J'y suis resté 15 jours puis je suis parti à PONTIVY 3mois pour faire mes classes dans la 72 ème batterie puis ensuite 5 mois dans la 74 ème batterie. On se promenait les après-midi avec les chevaux et cor de chasse. C'était le bon temps ! Tous les Bretons sortaient de leurs maisons pour nous regarder défiler. Tous les mois nous changions de cantonnemnt, côtes du Nord, Finistère et Morbihan, toute la Bretagne. Puis nous avons été invités par le capitaine Vasco, commandant le croiseur auxiliaire "la Provence" pour visiter le port militaire de Brest. Il nous fit une description des lieux: "Voyez ce port dans lequel se trouvent les bateaux de guerre est appelé port militaire et Brest est le plus grand port militaire à l'Ouest. Il est placé en avant, face à la mer et aux ennemis, comme une sentinelle courageuse chargée de garder notre patrie". Les navires ne peuvent entrer dans le port de Brest que par un passage étroit appelé goulet, avec de chaque côté des forts armés d'énormes canons, empêchent l'ennemi d'approcher. Quant à la rade qui forme le port, proprement dit, elle est très vaste car les bateaux de guerre ont besoin de beaucoup de place pour avancer, tourner, reculer. Voici les gros cuirassiers, bateaux formidables, qui font 160 mètres de long, qui sont hauts comme des maisons et partout recouverts de plaques d'acier pour mieux résister aux tirs des ennemis. Ils portent des tourelles cuirassées à l'avant et à l'arrière, dans leurs flancs sont placées de redoutables pièces de canon; ils ont une masse telle que les vagues qu'ils produisent en se déplaçant feraient chavirer de petites barques. Beaucoup d' autres vaisseaux de guerre, moins gros que les cuirassiers, sont aussi dans le port. Mais les petits bateaux gris foncé, allongés, très étroits, presque complètement recouverts, et tout en acier, ce sont les plus rapides de tous. Ils courent au milieu des vagues aussi vite qu'un chemin de fer. On les appelle des torpilleurs et ils peuvent lancer sous l'eau des torpilles capables d'éclater au loin et de faire sauter même les gros cuirassiers ennemis. Il y a encore d'autres bateaux plus extraordinaires que ceux-là: ce sont les sous-marins. Il avancent sous l'eau comme les poissons .
La visite du port militaire de Brest terminée, nous ragagnâmes (sic) notre cantonnement. Le lendemain, après le rassemblement, nous fîmes un concert de trompettes et clairons. "L'air est pur, la route est large, le clairon sonne la charge. Les Zouaves vont chantant et là-haut sur la colline dans la forêt qui domine. Le Prussien les attend. Le clairon est un vieux brave et lorsque la lutte est grave, c'est un rude compagnon. Il a vu maintes batailles et porte plus d'une entaille depuis les pieds jusqu'au front".
Un gradé est venu nous prevenir: "je crois que votre bon temps est terminé, demain, étrillez et soignez bien vos chevaux, car le chef d'Etat Major Général de l'armée vous donnera l'ordre d'embarquer les chevaux dans les wagons de chemin de fer pour vous conduire jusqu'à Marseille. Canons, munitions, toute l'artillerie de l'escadron de cavaliers: " A mon commandement faites embarquer !" réponse: "Bien mon colonel".
Sous l'oeil de la commission militaire supérieure des chemins de fer, composée de 6 officiers supérieurs, on se mit au travail. Nous commençons par embarquer les chevaux, disposition de huit chevaux en long par wagon de marchandises, de façon à ce que leurs têtes soient vis à vis pour la boisson et la nourriture. Ce travail terminé, c'était celui de la batterie de canons de 75, les munitions sans oublier le ravitaillement des bêtes et de la troupe. Le chargement du train parait terminé et le directeur des chemins de fer des armées donne l'ordre de partir !
Auprès de chaque compagnie, fonctionne constamment une commission de réseaux comprenant deux membres, un commissaire militaire, officier supérieur d'Etat Major désigné par le Ministre de la guerre et un commissaire technique qui est généralement le directeur de campagne. Ce transport en train militaire se passe très bien, tout en roulant et en observant les villes, les villages, les gares, les vallons, les plaines, les tunnels, les ponts, la montagne; enfin tout le paysage que je n'avais jamai vu. Un soldat me tape sur l'épaule et me dit: "Tu vois, CARTON, nous approchons de Marseille, regarde bien, là-bas ce que tu aperçois, c'est la Bonne Mère, notre DAME DE LA GARDE. Quand le soleil matinal reflète sur elle comme aujourd'hui, admire là bien, elle est dorée et on l'aperçoit de très loin, oui, on l'appelle la Bonne Mère. Avec la ville à ses pieds Notre Dame de la Garde constitue le lieu touristique de Marseille le plus fréquenté, elle représente la ressource principale du Diocèse". je réponds: " Eh bien, je n'ai jamais fait autant de kilomètres en chemin de fer... le plus loin où je suis allé de chez moi, c'est à Abbeville à 15 kms ou à Amiens à30 kms et parfois pour aller chez le dentiste". Pendant ce temps le train stoppa, nous sommes arrivés à bon port. Voilà, la corvée commence, sortir les chevaux du train et les descendre dans les câles du paquebot puis la batterie de canons.
Départ le 2 octobre 1915 du port de Marseille à bord de l'amiral Hamlon pour se rendre aux Dardanelles sur le front d'Orient.
Je suis resté sur le pont un moment sur le port pour regarder s'éloigner la France et la Bonne Mère de Marseille. Je quittais ma terre natale pour une région inconnue... deux grosses larmes coulèrent sur mon visage en pensant à mes parents âgés qui devraient s'ocuper de la ferme. Lorsque soudain, j'étais pris d'un malaise, le mal de mer, en pleine mer Méditérannée... Un soldat partit à la cuisine et revint avec 2 cachets qu'il me fit avaler... une demi-heure après j'étais beaucoup mieux; mais il y avait la fatigue en même temps... Nous allions passer 5 jours dans ce paquebot. le 7 octobre 1915 dans la Mer Egée, on approchait donc du front d'Orient, sans prévenir nous avons été torpillé par un sous-marin Allemand qui nous a repéré et envoyé des obus. Il y avait à bord le régiment du 42ème d'artillerie de la 66 ème batterie Française avec les chevaux, accompagné d'un bataillon d'infanterie coloniale très puissant, le bruit fut formidable et la violence du choc de telle nature qu'un grand nombre de soldats se trouvant sur le pont furent tués sur le coup, d'autres, bléssés, beaucoup de mutilés bras et jambes broyés. Une immense gerbe d'eau s'éleva dans les airs et tout aussitôt le navire donna de la bande sur tribord et commença à s'enfoncer par l'arrière, sans cesser cependant d'avancer.En ces instants tragiques, je ne savais plus où j'étais tellement j'ai été surpris par la peur. Six soldats étaient morts à mes pieds. On entendait des plaintes et des hurlements de souffrance, certains appelaient: "Maman"... Le sang coulait de partout et l'on procéda au lancement des canots et des radeaux à la mer... C'était terrible ! Le commandant du navire cria: "Tous à l'eau, sauve qui peut... attrapez-vous aux chaloupes". L'avant du bateau sortait de l'eau et ne tardait pas à prendre une inclinaison qui paralysait les opérations de sauvetage... Le moment vint où l'arrière fut complétement englouti, tandis que l'avant s'élevait encore... Quant aux chefs, ils accomplirent leur devoir jusqu'au bout. Le capitaine, le commandant du navire, le lieutenant de vaisseau et le colonel commandant le 3 ème régiment d'infanterie coloniale demeuraient accrochés à la passerelle ne cessant de donner leurs ordres avec le plus admirable sang-froid et ce aussi longtemps que l'eau ne les contraignit pas à abandonner leur poste... A l'instant où le navire coulait, ils se jetèrent tous dans la dernière chaloupe et le commandant cria d'une voix tonitruante "Adieu mes enfants ! Vive la France! " aux derniers soldats et marins mutilés à 100 % agonisants et restés à bord sur le croiseur... Ces pauvres jeunes gens ont eu pour derniers mots: "Maman, Maman au revoir pour toujours".
Les actes d'héroisme, de courage et de dévouement se multiplièrent dans des circonstances terribles et il faudrait pour les mentionner tous, plus de place que celle dont nous pouvons disposer. Il ne m'est cependant pas possible de passer sous silence la magnifique conduite du vaillant Lieutenant qui étant parvenu à se hisser sur un radeau archi-plein se jeta à l'eau pour donner sa place à un soldat criant, appelant et demandant du secours: "à moi, à moi, par pitié, je me noie !". Le devoir d'un marin est d'abord de sauver les soldats et le soldat: c'était moi ! Carton Elie ! A ce moment là, de désespoir, je me voyais noyé à mon tour... mais la providence m'avait aidé, une grande planche poussée par les vagues vint sur nous et j'entendis: "Carton, mets-toi à califourchon et quand il vient une vague ferme la bouche"; Nous sommes restés 50 heures dans cette position et le Lieutenant me réconfortait et me donnait confiance... Que ce fut long ... des heures inoubliables à jamais. Heureusement qu'on avait un bon soleil dans le jour; ce qui nous permettait de nous réchauffer ... Pendant ce temps, quelques chaloupes ont accosté sur la rive et abouti à Athènes... Les soldats à bord de ces chaloupes ont signalé notre présence sur des radeaux et des planches de salut en pleine mer Egée... et nous avons vu arriver au petit jour deux chalutiers avec leurs cheminées fumantes qui venaient nous recueillir. Avec l'aide des marins, nous nous hissames à bord, car nous étions sans force, frigorifiés et affamés... On nous conduisit dans une chambrée pour que nous puissions nous réchauffer, on nous donna des habits secs et un bon jus ! Lorsque nous avons été bien rétablis, j'ai eu la visite du Lieutenant qui me dit: " comment va CARTON ?" et je lui répondis: " Bien, graâe à votre bravoure ! Je vous remercie encore mon Lieutenant et on peut dire ceci "Moïse sauvé des eaux !" Il m'a simplement répondu: Je n'ai fait que mon devoir de marin !
Puis les 2 chalutiers accostèrent au port d'Athènes ... Nous avons embarqué dans des camions militaires qui nous ont conduits jusquà la caserne. A notre arrivée le capitaine était là nous attendait et il nous dit: "Voilà les ordres, allez tous faire votre toilette, ensuite à la cuisine puis deux jours de repos, vous les avez bien mérités".
La première nuit, épuisé par la fatigue, je dormis profondément mais lors de la deuxième j'ai fait des cauchemars et je parlais au gars d'à côté "tu as vu, c'est ça la guerre ! Que c'est cruel de voir s'enfoncer le paquebot avec son équipage de soldats et de marins mutilés... de voir se noyer les 200 chevaux". Ce voyage fut mes premiers frissons, et cela ne faisait que commencer et je savais que je n'avais pas fini d'en voir... une date déjà à retenir, gravé dans mon cerveau à tout jamais, celle du 7 octobre 1915... Nous sommes torpillés par un sous-mlarin Allemand et notre paquebot "l'Amiral Hamlin" coule en mer Egée.
10 Octobre 1915: Le capitaine fait appel aux rescapés... "Y a-t-il parmi vous des blessés ? Oui CARTON !" je réponds: "J'ai un petit éclat dans le bras mais la plaie est belle, elle a été bien lavée dans la mer; la blessure est protégée par un petit morceau de tissu de capote". Il me dit: "Vous irez à l'infirmerie faire nettoyer la plaie sur le paquebot et arrivé en France, je vous signerai un certificat de visite pour l'hôpital de Pontivy". il ajoute: "à mon commandement, faîtes embarquer ces hommes !" Bien mon colonel !" Nous embarquons sur le croiseur 'Providence" mais cette fois, nous sommes escortés par des sous-marins Grecs... Comme nous avons perdu tout notre équipage et nos chevaux, nous ne pouvions plus combattre... Nous sommes arrivés le 13 octobre 1915 sur l'île de Malte, une escale de 3 jours à la caserne militaire de La Valette ... Nous avions quartier libre de 6 heures jusqu'à 9 heures et nous en avons profité pour visiter... Nous devions être rentrés à 9 heures et à 10 heures nous avions l'extinction des feux. Puis nous reprenons la mer et le 16 octobre nous arrivons à Bizerte en Tunisie; nous y restons 2 jours et nous avons le droit d'aller nous promener, d'admirer les magasins et les lumières car la nuit tombait vite... C'était splendide !
18 octobre 1915 départ pour arriver à Marseille le 20. J'avais avec moi un Breton et un Marseillais... "Carton, je connais bien ma région, regarde au loin il fait soleil et un point brillant et doré s'élève das le ciel bleu, c'est ma Bonne Mère ... On la voit de mieux en mieux, cela est bon signe, nous arrivons !"
En attendant d'arriver au port, mon ami MARSEILLAIS nous récite un texte: " Voilà mon pays natal ! O mon pays, mon cher pays ! Je tins à toi pour l'espérance, plus encore pour les souvenirs, témoin de jeu de mon enfance, je te dois mes premiers plaisirs, tu me rappelles mon bon père, mes premiers, mes meillers amis, les soins, les baisers de ma mère." Moi j'étais très content lorsque j'ai mis le pied sur le sol Français. Accompagnés de l'adjudant, nous sommes allés à la caserne puis à la cuisine et nous avons eu la faveur d'un quartier libre après-midi jusqu'au rassemblement de 6 heures. Notre copain le Marseillais nous conduisit au vieux port... c'était la fête, je n'en croyais pas mes yeux et c'est là que j'entends chanter "Elle est belle et jolie notre canne, canne, cannebière avec des marins jouant de l'accordéon... et quelques poupées qui dansaient devant nous. Je ne pensais même plus à l'éclat dans mon bras... Cet instant si agréable ne dura guère et passa très vite.
Le 21 ocobre 1915 à 6 heures, debout au jus puis à 7 heures du matin des camions militaires nous emmenèrent en gare de Marseille pour que nous prenions le train jusqu'à Pontivy. Le 23 janvier, le train stoppa en gare et nous primes la direction de la caserne... L'appel fut donné... "CARTON, quittez les rangs" "Bien mon adjudant" "Le soldat ici présent vous conduira à l'hôpital avec votre certificat de visite signé par le capitaine ... Allez, rompez et j'irai vous rendre visite !". J'étais donc dans la salle d'attente, une infirmière s'avança vers moi: " Vos papiers s'il vous plait et veuillez me suivre ... Maintenant vous restez ici jusqu'à nouvel ordre, à votre tour, on vous appellera." Un quart d'heure après je me trouvais dans la salle du médecin-major "Mettez-moi cet homme en observation 2 jours avec des examens pour pouvoir subir cette opération." Le 26 octobre, un infirmier vint dans la chambrée et demanda: " CARTON est là ?" "oui, ici présent" "Qu'avez vous exactement ?" "Un petit éclat d'obus dans l'avant bras gauche à extraire, la plaie est belle mais assez profonde" "Bien, venez avec moi, nous allons vous débarasser de cet éclat"... Je verrai toujours le grand couloir, je tourne à droite pour entrer dans une grande salle... "Voilà, asseyez-vous ici, je vais vous faire une piqûre; vous allez vous endormir et tout se passera bien". Ce qui fut dit, fut fait ! L'infirmier me ramena dans ma chambre et une fois réveillé il me remis l'éclat et me dit de garder cette relique dans mon portefeuille, et ce petit morceau de capote qui vous a amorti le choc et évité d'avoir une blessure plus grave et profonde. Les infirmiers viendront vous faire les pansements et vous préviendront de la date de passage du médecin major ! Bon rétablissement !" "MERCI infirmier" Mon bras était lourd et engourdi... J'allais à la rééducation lever des poids pendant 10 jours. Quand je vis arriver mon adjudant, c'était un chic type et un bon père de famille, c'était rare de rencontrer des gars comme lui... "Je viens au renseignement me dit-il ! Alors comment s'est déroulée cette opération ?" "Bien mon adjudant !" " Je voudrais jeter un coup d'oeil sur ton fascicule !" "Il est dans la poche de ma veste" "Tu es de LONG dans la Somme en Picardie ?" "Oui mon adjudant !" "Bien en fin de semaine je viendrai te revoir !". C'était un bon moment où je me suis reposé et pendant lequel j'ai fait beaucoup de parties de cartes mais défense de me promener en ville. La semaine se passa bien ! Mon adjudant, comme convenu, vient me voir:" Alors CARTON, tu m'as dit que tu étais de LONG !" "oui, tout court", "on n'est pas en service commandé ici, voilà une surprise, un bon vent qui t'amène... " et derrière mon dos il ouvre la porte et me dit "regarde qui vient te voir !" Oh eh bien ça alors !, je n'en crois pas mes yeux, ma parole ! si je m'attendais à te rencontrer ici ! Mon cher cousin Stanislas LOURDELLE !" Nous nous sommes jeté dans les bras l'un de l'autre, ce fut très émouvant ! Pendant 8 jours après 6 heures, j'avais quartir libre et mon cousin venait me voir chaque jour et on en a grillé des parties de cartes et cela dura jusqu'au 25 novembre 1915. Malgré l'opération du bras qui fut douloureux, le temps à l'hôpital passa très vite. L'infirmier vint me chercher, me conduisit au bureau du médecin traitant qui me fit une dernière visite, me signa mon bulletin de sortie "Alors militaire, cela s'est bien passé pour vous, votre bras est très beau ! Allez au bout du couloir à droite, une flèche vous indiquera le secrétariat. Vous y êtes attendu , un soldat vous reconduira à la caserne. Au revoir et bon courage..." "Au revoir docteur et merci de vos bons soins".
L'adjudant , étant prévenu par l'hôpital, était à la grille qui m'attendait " Alors CARTON, ton séjour s'est bien passé ? pas trop pénible ?, maintenant à la cuisine."
Le lendemain, le 26 novembre 1915, le quartier maitre nous fait donc l'appel et nous transfère dans la 31 ème batterie d'artillerie. Nous restons ensuite 2 mois en Bretagne... Lorient, Brest, Landerneau, Morlaix... On promenait les chevaux en ville avec trompettes et clairons et un soir dans la chambrée un gars nous chante: "A la première décharge, le clairon sonne la charge. Tombé, frappé sans secours, le clairon sonne toujours. et cependant le sang coule, mais sa main qui le refoule suspend un instant la mort. Le vieux clairon sonne encore, gardant sa trompette ardente. Il sonne, sonne toujours, alors le clairon s'arrête, la dernière tâche est faite, il achève de mourir." Il le chantait si bien, que tout le monde était ému et que l'on s'est endormi dans un grand silence.
Le 25 janvier 1916 on embarqua le convoi de chevaux, la 31 ème batterie d'artillerie et le train militaire se dirigea vers VERDUN. Nous arrivons le 28 janvier à la gare... Les chevaux furent attelés aux canons puis direction le dépôt. Après avoir été ravitaillés, nous rejoignons le front, à la relève des autres soldats qui étaient là depuis 3 mois. Lorsque nous nous sommes approchés d'eux, mon sang n'a fait qu'un tour; ils étaient lamentables, pas rasés, des poux, des pieds gelés, transis de froid. Il tombait de la neige. Des camions les attendaient pour les conduire à un repos bien mérité et ils me dirent en passant:" Courage camarade ! il n'y fait pas bon à vivre là-haut"_ Ce n'était pas pour me réconforter ! La bataille de VERDUN marquera un tournant dans cette guerre. Par sa durée et sa violence, elle éclipsa sans contredire les chocs des combats, cependant si formidables déjà, du début de la campagne et pendant des siècles, sans doute, ell fera l'étonnement des historiens militaires, autant par sa conception qui y a présidé que par les soubresauts et les péripéties de son évolution. (Il n'y a qu'à lire les différents livres qui relatent cette bataille et notemment le livre de Pierre MIQUEL qui montre la monstruosité de cette bataille... ) Pour nous, contemporains qui avons vécu au jour le jour, à travers les communiqués et les récits des témoins, le phases de ce grand drame, l'héroïsme inégalé dont nos troupes ont fait preuve nous a rempli d'une fierté patriotique et nous a donné des motifs légitimes d'espoir. Une forte offensive Allemande était dans la logique des choses. Nos ennemis n'ignoraient pas que, sous peu, ils auraient à faire face à une action concertée des troupes Alliés qui les eût réduits à la pure défensive. S'y résignant, l'armée affaméé et inquiète était de plus en plus sceptique quant au résultat de cette attaque...Le peuple Allemand pressentait ce drame. Mais les Allemands voulaient au contraire une offensive préventive, conduite avec une vigueur renouvelée, pour ébranler les Français. Ce plan présomptueux, qui consistait à enfoncer notre front et à disloquer nos armées, la chose ne faisait aucun doute à nos yeux. Le haut commandement Allemand avait vraiment conçu ce plan en le croyant réalisable. Il estimait même cette entreprise d'exécution relativement facile et rapide. or, nous, nous étions en mesure d'accumuler sur un point donné du front une masse d'artillerie importante, telle une armée de choc si nombreuse et si bien préparée que l'effet de surprise pouvait être irrésistible... On opérait sur Verdun et si l'on arrivait à forcer dans un délai relativement court ce premier point de cette muraille fortifiée de l'Est, on essaierait successivement de réduire la Couronné de Nancy puis de déterminer un repli général de toutes nos armées pour porter un coup sur un secteur proche de Paris... On escomptait l'effet démoralisateur de toutes ces attaques brusquées pour réduire l'allant de l'armée Allemande et répétons-le, les Allemands doutaient à peine du succès. Au pis aller, s'il ne répondait pleinement à leur attente, ce plan offensif aurait au moins pour résultat de nous contraindre à jeter une partie de nos réserves dans la mélée, de nous forcer à nous servir sans ménagement de notre matériel d'artillerie et sans compter de nos approvisionnements en projectiles. La grande offensive à venir des Alliés serait d'autant retardée. Après une série de diversions et de feintes exécutées sur tout l'ensemble du front en janvier et février 1916 ils poursuivirent en même temps le développement de la bataille actuelle. Les Allemands poursuivirent leur effort contre nos positions de VERDUN. C'est le 21 février 1916 au soir que l'offensive attendue se déclancha, précédée et accompagnée d'un bombardement comme on n'envait pas vu dans cette guerre et avec lequel celui de Champagne ne peut soutenir la comparaison. Devant une pareille avalanche de fer et de mitraille, il n'est pas de positions avancées qui puissent tenir. Tranchées et abris furent rasés. Le sol, lui même fut nivelé et profondément bouleversé par endroits et ce n'est que dans certains couverts naturels et ravins que nos troupes purent se maintenir en attendant le choc de l'infanterie. Le 22 février 1916 au matin alors que nous étions en seconde position, les Allemands ouvrirent le feu; Ils envoyèrent aussitôt une avalanche de mitraille, ce feu augmenta d'intensité jusque dans l'après-midi. Nos tranchées, nos abris sont anéantis, deviennent intenables. Cependant nos troupes se cramponnent. Au bois d'Haumont, elles ne cèdent le terrain que pied à pied. Dans le bois des Caures, nous perdons du terrain mais les chasseurs du Lieutenant-Colonel DRIANT contre attaquent et parviennent à se maintenir dans la partie méridionale. Du côté du bois de Ville et de Herbebois, nos soldats résistent opiniatrement sur leur seconde ligne de tranchées. Jusqu'à présent, l'ennemi à bien réussi à s'infiltrer mais rien n'est compomis. Le jour suivant son tir redouble de violence. C'est l'écrasement méthodique de nos centres de resistance avec accompagnement de tirs formant des barrages infranchissables. Notre artillerie essaie de donner la réplique et nos troupes, tenant malgré tout sous l'ouragan, s'efforce de mettre en questions les progrès ennemis mais elles sont débordées par le nombre... Elles fléchissent à Consenroye par contre elles arrêtent momentanément les Allemands à Haumont, du côté d'Herbebois et au bois de Ville. Vers le soir l'ennemi réussit à s'avancer à travers les ruines fumantes d'Haumont dont la défense restera à jmais mémorable. Dans la nuit nous évacuons... Nous en sommes réduits à la défensive. Plus à l'Est, au contraire, nous résitons tout d'abord avec succès, pendant que le combat se prolonge nous tenons l'ennemi en échec du côté de l'Herbebois ... ce n'est qu'attaques et contre attaques... Mais à ces préliminaires allait succéder une période tout autre et héroîque de notre côté, paroxystique du coté Allemand qui, rencontrant une résistance imprévue va redoubler d'efforts et de sacrifices quasi surhumains pour ne s'arrêter qu'à l'épuisement.
Le 24 février1916, le Général de Castelnau était arrivé sur les lieux. Le lendemain, le Général PETAIN le rejoignait pour prendre le commandement en chef des opérations. (Monsieur carton raconte cette bataille avec beaucoup de détails que jai retrouvés dans les livres de Pierre MIQUEL, c'est extraordinaire d'avoir le récit d'un soldat qui était sur les lieux !) En même temps, affluent des renforts composés de troupes éprouvées pendant que commence sur la grande route de Commercy à VERDUN, ce mouvement ininterrompu de camions automobiles qui avec une régularité et un ordre parfaits doivent assurer le ravitaillement en munitions et en vivres de l'armée de Verdun, ainsi que les services d'évacuation. Sans doute, les choses ne purent être remises en place immédiatement. Mais tout de suite, la confiance, un moment altérée, revint, entière et l'ennemi n'allait pas tarder à s'apercevoir à ses dépens que l'armée Française et ses chefs étaient capables de se surpasser. A partir du 25 février 1916, l'attaque frontale des Allemands qui se déployait sur un front de 6 kilomètres... Ce sont tout d'abord des assauts forcenés mais qui restent sans résultat contre la côte du Poivre; puis l'ennemi débouchant du bois de Chaufour fonce avec ses meilleurs éléments sur nos positions de Douaumont et après une lutte acharnée il arrive à nous refouler. Ce fut aussitôt un bulletin triomphant que les Allemands ont expédié dans le monde entier pour annoncer la prise du fort de Douaumont. La prise de ce fort n'a pas grande importance sinon qu'il représente un des points culminants de la Région.
Le 26 février les braves du 20 ème corps, commandés par le général Balfourier reçurent l'ordre de reprendre le terrain à l'ennemi. Irrésistiblement les deux colonnes d'attaque balayèrent devant elles les réserves adverses et il s'en fallut de peu qu'elles se rejoignent au devant du fort où les Brandebourgeois avaient pu prendre pied. Mais, même si leur effort ne peut aller jusque là, ils opposèrent une résistance inébranlable à toute progression sérieuse de l'adversaire. Le soir même, ils repoussaient les assauts furieux contre le village de Douaumont comprenant 500 feux environ, mais situé à un croisement de routes important et, le lendemain, ils réussissaient à rejeter l'ennemi de la redoute de Douaumont. Pendant deux jours, l'ennemi à bout de souffle, ne se livre plus à aucune démonstration. Puis le 3 mars 1916, les Allemands recommencent à attaquer avec une violence renouvelée un peu plus à l'Est. Ils réussissent pour la première fois à prendre le village de Vaux. Là, il subit un nouvel échec; par contre ils réussissent à pénétrer dans le village de Douaumont et après une lutte acharnée à s'en rendre maître. Les Allemands commandés par le général VON PALKENHAYN avaient décidé de frapper un grand coup. Ils croyaient l'armée Française épuisée par les combats en Artois et en Champagne. Pour eux, les défenses Françaises en secteur de VERDUN, dans le département de la Meuse, devraient être moins aguerries qu'ailleurs. Grâce à leurs puissants canons de 77 les Allemands comptaient balayer les troupes Françaises se trouvant dans cette zone sous un déluge de fer et de feu. Les abris Français étaient médiocres et insuffisants. L'assaut fut donné avec l'appui de 1225 pièces d'artillerie. Un déluge infernal ! En quelques heures les massifs forestiers du secteur furent déchiquetés, hachés, créant un décor désespérant et lunaire. Les défenses Françaises firent broyées, disloquées. L'avancée Allemenade allait être extraordinaire et les survivants Français, hébétés, commotionnés, n'eurent qu'un seul réflexe, tenir et tirer... Alors commença, au niveau du sol, la plus fantastique épopée de la Grande guerre.
Après cette grosse attaque du 5 mars 1916, nous nous sommes repliés à l'arrière et nous avons eu une accalmie de 8 jours... Mais le 14 mars, l'action reprenait à l'Ouest de la Meuse. Les Allemands attaquent entre Béthincourt et Cumières, mais sont repoussés avec de grosses pertes; le 20 ,ils lancent une autre grosse attaque contre nos positions solidement fortifiées du Mort-Homme mais n'arrivent pas à y prendre pied... ils subissent encore là de lourdes pertes. et cette fois nous avons une accalmie de 10 jours mais nous étions toujours sur le qui vive, prêts à leur répondre. C'était trop beau ! effectivement le 30 mars ils essaient vraiment de dégager leurs positions autour de Douaumont pour attaquer à nouveau au Mort-Homme mais l'affaire échoue une nouvell fois piteusement.
Le 3 avril 1916 une brigade Allemande essaie de déboucher du ravin qui relie le fort de Douaumont au village de Vaux; elle est prise sous le feu et perd un tiers de son effectif. Le 6 avril, nous poursuivons nos attaques et refoulons l'ennemi au Nord du bois de la Caillette, c'était un grand succès pour nous ! Peu après, nous entrâmes dans les boyaux encombrés de territoriaux chargés de matériel. Ces braves "pépères" étaient, de même que les artilleurs, réconfortants à voir et c'est avec émotion que je me souviens de leur besogne pénible, obscure et meurtrière. Il y avait derrière nous, à gauche du fortin des quatre cheminées trois ou quatre batteries de 75 qui nous cassaient les oreilles tous les matins pendant quatre heures d'affilée et elles remettaient cela l'après-midi. Mais un beau jour, elles furent repérées et les 210 commencèrent à pleuvoir... A la relève, nous passâmes à cet endroit et l'on nous dit qu'il y était tombé plus de 1200 obus de 210 pour réduire ces pièces au silence. Nous le crûmes facilement en voyant le terrain ravagé, les pièces enterrées, les "cagnas" démolis et les caissons éventrés. Comme ces batteries avaient pour ordre de tenir, elles avaient tenu jusqu'au dernier Servant. Le 16 avril au matin, un déplorable accident vient encore creuser un énorme trou dans nos rangs... au cours d'un réglage, la première pièce connait un éclatement prématuré et fait 6 blessés et trois tués. Si cela continue, notre formation sera bientôt réduite à l'état squelettique. Nous n'avons plus confiance en nos pièces qui sont complètement usées. Néanmoins on tire quand même ! en s'abritant dans les tranchées établies à proximité en en mettant le feu à la gargousse au moyen d'un cordon démesurément allongé. La relève vint nous remplacer et nous partimes dans la zone des boyaux, non pas comme on pourrait le croire par l'existance de ces derniers mais par le moment où la prudence exigeait qu'on y descende. A cette époque, ce point statégique était marqué géographiquement par le tunnel de Vavannes. On ne saurait exagérer le rôle que joua ce tunnel dans la défense de VERDUN. C'était le seul abri qui permettait d'y déposer les réserves, les blessés les munitions et les vivres. On y goûtait la plus douce satisfaction qu'on puisse éprouver sous les obus, celle de sentir une montagne sur sa tête ! Là s'accumulaient les biscuits, la chandelle et l'alcool solidifié. Chaque soir à l'annonce des pertes de la division, je comptais mentalement où en était le pourcentage des morts et le remords m'accablait de ne pas éprouver devant cette hécatombe une tristesse sans mélange. Nous avons eu 8 jours de repos dans ce tunnel qui passèrent très vite... bien dormir, manger, se laver, laver le linge, changer d'habits et de godillots ... restaurés et rétablis... Le 24 avril 1916 le moment arriva pourtant où nous devions sortir de là. La zone des boyaux me sembla courte... les carrefours et croisements, si nombreux dans notre ancien secteur, ne risquaient pas d'égarer les nouveaux venus. A partir de la batterie de l'Hôpital, il n'existait qu'une artère unique qui se prolongeait encore et encore , tant bien que mal, pendant quelques centaines de mètres, grâce à l'effort obstiné chaque nuit de équipes de travailleurs. A mesure que nous avancions les parapets s'abaissèrent peu à peu de chaque côté et le fossé ne devint guère plus profond que ceux qui longent les grands routes puis brusquement le boyau ne devint plus qu'une piste à peine tracée au milieu des trous d'obus. Il fallait bien trois quarts d'heure environ à des hommes chargés pour traverser de nuit le terrain à découvert qui nous séparait encore des premières lignes. Qui donc aurait pu se douter que nous traversions une forêt... le chemin n'était qu'une succession de montées et de descentes pour passer d'un entonnoir dans un autre. Combien de fois on tomba sur les genoux en franchissant ces vagues solidifiées ... mais apès chaque chute , on se relevait dans un sursaut d'énergie car le spectacle des corps mutilés qui pourissaient tout le long de cette voie n'était pas pour nous engager à rester par terre. Le guide qui nous conduisait au combat, allégé de tout fardeau et dont ce voyage consituait sa dernière corvée, hâtait le pas pour la relève. Il fallait employer des menaces pour obtenir de lui quelques minutes de répit. "Gronde canon, crache mitraille, allons les gars au coeur robuste, avançons vite et visons juste, leur nombre est grand dans cette plaine, leurs canons nous fauchent et leur artillerie est forte". Mais notre guide était un chasseur alerte et déluré qui nous conduisit sans encombre jusqu'à notre tranchée. Seuls quelques coureurs nous reliaient avec l'arrière mais une si grande distance nous séparait des réserves qu'il ne fallait pas compter sur aucun secours de leur part. Notre principale ressource consistait d'envois de fusées-signaux dont le lancement déclenchait des tirs de barrage à quelques mètres de nous, sous notre nez. Ce qui supposait une confiance absolue dans la précision et dans la justesse de notre artillerie et nous y restons jusqu'au 5 mai. Une offensive est déclanchée avec encore beaucoup de morts et de blessés puis au fond du couloir un homme apparait, c'était le commandant: "écoutez mes enfants, dit-il en essayant de dominer le vacarme des explosions, que ceux des hommes qui ne font pas partie du 142 ème régimment d'infanterie quittent le fort et suivent l'adjudant qui était un Chanoine, qu'ils prennent chacun un blessé jusqu'au tunnel". Chargé d'un blessé aux jambes inférieurs, je plonge à mon tour dans une gorge abrupte, derrière les Poilus et l'aspirant qui s'est fait précéder d'un coureur. Nous sommes salués par une grêle de balles et de grenades tandis que les fusées illuminent le ciel. Ecrasé par ma charge qui s'accroche désespérément à mon cou et me tire en arrière; je file vers le tunnel de Vacannes faisant le mort parmi les morts parfois, appelé par des blessés "à moi, à moi ! au secours !" à qui je promettais de revenir. Pauvre chair humaine, Sainte Marie Mère de Dieu. Enfin, après une course désespérée nous arrivons , mon blessé et moi, au tunnel de Cavannes après quelques centaines de plat-ventre. Les médecins du poste de secours s'emparèrent de mon blessé. "Allez vous ravitailler à la cuisine et prenez 4 bidons de 2 litres d'eau pour les blessés !" Nous repartîmes en chercher d'autres avec le Chanoine, de trou d'obus en trou d'obus, faisant le mort sous l'éblouissement des fusées éclairantes, en rampant et en se faufilant à travers les éboulis, une puanteur, une nuée hallucinante de spectres barbus. En un clin d'oeil nos bidons ont été happés par des mains fantômes. Tant bien que mal on en ramena encore au poste. Le lendemain matin le régiment colonial du Maroc tentait d'opposer une dernière barrière aux assauts Allemands contre le fort. Le médecin major nous renvoya vers un sentier qu'on appelait "la redoute" dont des sacs de terre séparaient les Français des Allemands et où s'entassaient depuis 8 jours des blessés sans soins, dans une odeur de charnier. Dans cette position prise et reprise un aspirant, blessé lui-même, et que nous voulions emmener refusa et nous désigna un Poilu gravement atteint pour que nous le transportions à sa place en disant:"moi, je peux attendre". Mais reconnaissant sa voix, je m'approchais de lui et je reconnaissais notre Chanoine... IL ne nous quitterait pas, je lui dis:"viens près de moi, et donne-moi tes mains" Ce n'est qu'un au revoir ... Même à ses derniers moments, il ne cessa d'évoquer le martyre de ses frères immortels: "les hommes de VERDUN" qu'il avait tant aimés. Il est inutile de dire que j'espère te revoir un jour... mais la mort l'emporta vers l'éternité et je lui fermais les yeux pour toujours en ce bas monde. Ce n'était pas le premier ni le dernier hélas; des moments comme ceux-ci sont poignants . Nous étions donc le 15 mai; en revenant du tunnel de Tavannes, le courrier est distribué... je reçois une lettre de mes parents avec bien du retard et j'y apprend la mort de mon pauvre frère tué par un obus, tombé au champ d'honneur et enterré au fort de Douaumont près de VERDUN le 3 mai 1916. Je n'ai plus qu'à réciter une prière et un de profondis pour le repos de son âme. Cette lettre m'a déchiré le coeur tout comme ceux de ma compagnie et de la batterie d'artillerie. Nous embarquons tous dans le train pour l'attaque de la Somme... Un endroit où la bataille est rude également et qui a besoin de renfort. Nous quittons VERDUN ensanglanté pour nous jeter dans une autre gueule de loup... aussi terrible que le chemin des Dames ... Deux gouffres de feu ! Le soir tombe sur la tranchée et des gerbes rouges illuminent le front. Le découragement envahit notre âme, s'étend comme une eau glacée. Des lueurs flottent dans le ciel. Notre lieutenant nous dit:"Allez tirailleurs, il faut leur répondre. "Des fusées d'un beau vert partent de chez nous et s'étalent comme des bouquets effeuillés parmi les étoiles ardentes des fusants Allemands. Les sillons de fer des projectiles Français se croisent avec les sillons de fer des projectiles ennemis. Nous somme sous un dôme de mitraille. Les milliers de sifflements n'en font plus qu'un, formidable et terrifiant. Des voix désespérées appellent à l'aide. On piétine dans le couloir étroit, nous nous couchons sur le sol, que de morceaux de fonte frappent avec violence. L'espace s'est illuminé comme en plein jour et pour parfaire un orage éclate. La clarté vive jetée par des centaines d'explosions s'unit aux lueurs zigzagantes de la foudre. On croirait que la nuée s'est ouverte, que le sol s'est déchiré, que les flammes du jugement dernier sortent du ciel, surgissant des entrailles de la terre et que le monde se consume et périt.Les étoiles rouges et vertes tombent sans trève au sein de la fournaise. Le plateau tremble, on dirait qu'il va sauter. Puis les nuages versent une pluie torrentielle qui trace des lignes brillantes dans la nuit incendiée. Comment imaginer plus fantastique spectacle, vision plus prodigieuse ? Cela dure longtemps, longtemps ! Nous avons perdu toute notion de l'heure, nous demeurons sans savoir, sans espérer dans une attituide passive. Les batteries espacent leurs décharges . L'incendie se morcelle , l'oscurité retombe trouée de lueurs qui fulgurent et s'éteignent. Le grondement de la canonnade s'est calmé... Une fois de plus, j'ai la chance d'être vivant ! Les nuages s'égouttent à présent en une pluie fine. L'aube apparait; une section vient nous relever "Attention à vous, ce ne sont que des entonnoirs !" En effet des crêtes, des crevaces enlacées surgissent et s'effacent; on tombe, on s'appuie des coudes et des enoux aux parois glissantes des entonnoirs. La terre grasse m'enduit de la tête aux pieds. Mes brodequins traînent avec eux de gros paquets de boue; il fait froid; je frissonne et je ne peux plus marcher. La fièvre me secoue... La force humaine a ses limites, je chancelle, je porte la main à mon front. La pluie me lave la face, il me semble qu'autour de moi, des tas de morts dont j'ai heurté plusieurs des corps. Dans un sursaut, je me redresse, plein de rage, je tends mes muscles et les nerfs crispés je lutte contre l'atroce fatigue qui m'envahit. Ma capote alourdie charge mes épaules d'un poids de plomb. Les souliers se collent à la terre, je tombe sur les genoux. Un poilu devant et derrière me relèvent "Allez mon vieux, courage ! nous ne sommes plus loin du but". La sentinelle m'a entendu; l'espérance se ranime en moi ! Ce nocturne veilleur est un ami que le ciel a placé sur ma route, je lui raconte ce que j'ai vu puis je le quitte. Il m'indique le poste. L'abri s'ouvre sous la tranchée, une lueur monte d'en bas, très faible, car elle vient de loin. Je m'engage dans l'escalier suivi de tous les copains... Des hommes ronflent bruyamment sur les marches car leur sommeil n'est pas tranquille. Ils gardent toujours, comme une obsession, la possibilité d'un réveil brusqué pour une menace qui peut les réveiller d'une minute à l'autre, les sortant d'un lourd repos pour prendre vite les armes. D'autres poilus peuplent la cave où nous pénétrons et quand je suis en pleine lumière je constate qu'une cuirasse de glaise me couvre de la tête aux pieds. Mon équipement disparait sous le limon, des paquets de terre s'arrondissent à la place des cartouchières , mon visage lui-même est maculé. Le capitaine lève les yeux, regarde venir ce rescapé d'une odyssée monstrueuse. Je m'arrête à ses pieds et je le salue portant à mon casque la boue de ma main. "Allez soldat, rompez ! et à l'infirmerie - toilette, vêtements chauds puis cuisine pour un repas et une boisson chaude et repos pendant 3 jours, voilà votre carte signée et validée. L'orifice d'un abri s'ouvre soudain devant moi, y-a-t'il quelqu'un là dedans ? J'appelle ... une voix que je connais bien prononce mon nom et m'invite à descendre; une lumière brille. En arrivant dans les souterrains, ils poussent des cris en me voyant... Ils m'avaient cru mort ! Je reconnais mes Lieutenant et sous-Lieutenant. Quelle joie d'être réuni à ces Vaillants après tant d'angoisse et de souffrance. je raconte mes tribulations en quelques mots. La lutte a été dure toute la nuit.. je partis à la cuisine et à la douche.Ma toilette terminée, bien restauré, bien réchauffé, des habits secs, je me laisse choir sur une paillasse, saisi par un invincible sommeil. J 'ai dormi 12 heures sans me réveiller ! Le cuistot vint me voir "on t'aurait cru mort, ce que tu dormais !, pauvre vieux !". J'ai été réquisionné trois jours à la corvée de pluches, ce qui m'a semblé bon et reposant. Un officier vint nous rendre visite dans la chambrée : "Samedi matin, à 8 heures, vous passerez tous à mon bureau ! J'espère qu'après ce petit séjour vous êtes tous en forme". 6 heures du matin, réveil ... tous au jus, du bouillon chaud dans notre gourde et une musette bourrée de vivres. Le Lieutenant nous distribue des grenades. "Emplissez vos poches et vos musettes..." Le peleton va partir par escouades dans l'ordre normal et se déployer. Tout est prêt, allez première escouade en avant". Ils sortent de la tranchée sans une hésitation comme des diables et s'élancent par bonds rapides. Nous les regardons courir et disparaitre d'un seul coup égaillés dans les entonnoirs. "Deuxième escouade, debout !" Cest HERON, le sous-Lieutenant qui jette un cri, farouche, sombre et l'oeil dur ! tous les poilus se lèvent, le pied gauche sur le talus et disparaissent à leur tour sur le front. Notre tour est venu... la 3ème escouade, la mienne, le lieutenant est debout près de moi, il passe les hommes en revue d'un coup d'oeil "vous êtes tous là ? rangés en silence, dans l'attente de mon signal, en avant les amis !" Nous partons le fusil au poing et des sensations diverses traversent mon esprit. Les balles sifflent... Vers les lignes que nous embrassons d'un regard circulaire, nous arrivons à hauteur de nos positions "Halte, couchez-vous !" Je m'aplatis moi-même dans une excavation gigantesque, PERET, mon Lieutenant et un autre Poilu s'y jettent avec moi. PERET se soulève sur les coudes pour regarder au-dessus du trou mais il baisse la tête vivement : une balle fouette la terre presque aussitôt à l'endroit où il s'est montré. Les grenades arrivent sans répit; l'une d'elles disperses des éclats légers. Je risque un oeil au dessus de l'excavation à mon tour, la face collée à la paroi... devant moi, le terrain monte un peu. A une petite distance , les torpilles ont soulevé au sol d'énormes blocs de terre. Ils sont cubiques pour la plupart et de loin leur ensemble laisse évoquer l'idée d"un village ruiné. Les pétards tourbillonnent et s'abattent assez loin de nous, leurs explosions se succèdent de seconde en seconde. Je me suis levé en même temps que les autres et nous avons vu les soldats ennemis courir à grandes enjambées. Mais avant que nous ayons pu mettre en joue, il se sont terrés ! "Ah ça c'est du culot" gronde PERET, notre Lieutenant "Ah, ils sont forts ! Des types encerclés qui nous attaquent" et je lui réponds du fond de mon trou " Ce sont des as !". La fusillade cesse , chacun se tient aux aguets, le doigt sur la détente. Les grenades à fusil piaulent sur toute la ligne. L'énervement nous agite tout le long de la chaine éparpillée. Un souffle de flamme nous fait rentrer le cou dans nos épaules. Un obus remue le sol, nous couvrant d'une pluie de terre. Un autre 150 à droite puis un troisième à gauche : diable ! ça cogne de partout ! "Ils voudraient peut-être taper plus loin " ajoute un soldat, mais leur tir est trop court car ils en veulent probablement à notre première ligne. Les obus de 150 se brisent par hasard , très près parfois de notre cachette, quel drôle de fourbi, ce n'est guère amusant. Les minutes s'écoulent, si l'on doit rester ici toute la journée, ce sera long !
Un Lieutenant vient en courant, il s'arrête un instant près de nous et nous dit "ne bougez pas et attendez ! la 7ème et 8ème escouades avancent pour reprendre la manoeuvre". Puis il s'éloigne dans la direction de la 5ème et 6ème escouade. Le bombardement cesse tout à coup. Mais là-haut, du côté de la 9eme et 10 ème escouades un combat soudain s'allume, cris, coups de feu, explosions bruyantes... une frénésie commence à toucher les combattants... Ils ne peuvent plus se tenir. A notre droite, un adjudant déclanche son attaque, les hommes s'élancent l'un près l'autre, franchissent quelques mètres d'un élan, s'éclipsent ensuite. Celui qui verrait cette scène de très loin prendrait la chose pour un jeu ! C'est un jeu en effet, une tragique partie de cache-cache avec la mort. Des balles rageuses partent de tous les coins où les Allemands sont tapis. Ils ne se montrent plus, ils ont compris qu'ils sont perdus ! Les Poilus trépignent autour de nous et tourmentent nerveusement leurs fusils "Lebel". La 2ème escouade interrompt sa progression et vient d'ouvrir un feu violent et mitraille à son tour l'ennemi. Nous voyons un bondissement de formes bleues qui se dispersent... c'est rapide, c'est impressionant.
Allons, à nous ! je m'élance, suivi de PERET et de toute la bande. Toute progression doit se faire par bonds successifs. Un élément du groupe d'attaque fixe l'ennemi sous son tir tandis que d'autres éléments manoeuvrent pour avancer Nous formons un filet dont les mailles se resserrent. Pris à leur propre piège, les Allemands se défendent avec acharnement... Leurs balles rasent le sol, ricochent avec des vibrations aigus. La 9ème escouade avance, car les détonations des grenades se rapprochent ; chacun sent que la décision n'est pas loin; l'impatience la fureur, le besoin de vengeance nous possèdent. Nous tirons à notre tour. Les Poilus commencent à déboucher les grenades, le sous-Lieutenant passe derrière nous et nous dit: "ça va, ça va très bien ! continuez " Il saute de trou en trou, le long de la ligne, insoucieux des projectiles ; il se retourne pour crier encore "on les tient, nous les avons !" et les Poilus hurlent farouchement en tendant vers lui leurs faces devenues sauvages. Nous allons reprendre la progression. Tous s'excitent et s'entrainent mutuellement. D'ailleurs ce serait trop bête à la fin ! Ces gens-là massacrent les nôtres depuis des heures et nous leur ferions grâce lorsque nous les tiendrons ?
Une clameur terrible grandit, poussée par la 11ème et la 9ème escouades ... Les Poilus se dressent de toutes parts. "Ils s'en vont ! Ils s'en vont !" crions-nous tout à coup les Allemands ont compris que le traquenard se referme sur eux; ils essaient de s'échapper. Ils se hâtent par petits groupes le long des blocs de terre, se retournent pour tirer et font demi-tour à nouveau. Une fusillade endiablée les salue. Quesques uns d'entre eux sautent dans le boyau Rastadt, mais plus haut, des Poilus sont arrivés et s'y engouffrent à leur tour. De l'autre côté , on leur barre la route, un faible espoir leur reste, essayer d'atteindre les casmates toujours occupées par les leurs. Voici le moment le plus poignant de cette chasse à l'homme, celui où la tête Prussienne est traquée à son gîte. Un long cri sort de nos poitrines ... "en avant ! en avant! Nous tirons en courant, les ennemis tombent au hasard, d'autres grimpent sur la berge, se sauvent à travers les balles. Une lutte enragée commence dans le boyau que la fumée couronne et qui s'emplit d'exclamations tumultueuses. La 5ème escouade en colonne se presse sur ses pas. Les grenades font près de nous un roulemend sourd et terrible. On dirait qu'on se bat sous la terre ! que se passe-t'il ? Eperdus les Allemands se sont jetés dans un vaste abri, près du carrefour de la grande tranchée et du boyau Rastadt. Combien sont-ils de survivants ? Mais ceux-là veulent absolument mourir. Ils se sont défendus à l'entrée de la sape, nous tuant encore des nôtres. Les camarades les ont refoulés dans le fond. Le massacre acharné se poursuit... des soldats se bousculent, encombrant le fossé. On entend hurler les captifs, et des voix vengeresses dominent les clameurs qui traversent le tonnerre des explosions. Les Poilus sont tombés sur un stock de grenades Allemandes accumulées durant la nuit. Ils se les arrachent pour les lancer dans le souterrain. Les appels désespérés qui montent d'en bas se taisent les uns après les autres; nous ne percevons bientôt plus que des gémissements et des râles. Mais les Français, ivres de revanche, se démènent tout noirs dans l'épaisse fumée qui vomit du repaire, le silence tombe, inattendu ! Les munitions sont épuisées... La poudre s'envole et le boyau se revèle épouvantable. Dans toute l'étendue visible, des corps gisent étendus... c'est un vrai cimetière, un désastre et un massacre. Combien de morts dans ce fléau, il y avait par moment 3 ou 4 corps l'un sur l'autre... Le chemin des Dames, un gouffre de feu !
Nous rentrons au cantonnement pour 10 jours de repos bien mérités.
Le 5 juin 1916 rassemblement et direction la Somme... On demande des renforts sur le front de Bray, Cappy, Suzanne, Flaucourt. Le train s'arrête en gare de Péronne . Descendus des wagons, les soldats partent aussitôt en première ligne, nous les suivons avec notre artillerie que nous mettons tout de suite en position. Les maîtres pointeurs se sont mis à l'oeuvre pour tirer sur l'ennemi et protéger les tranchées de la première ligne pendant que nous, nous sommes descendus au camp pour abreuver les chevaux. Des tirailleurs Algériens débarqués à Marseille viennent nous rejoindre sur le front par les voies ferrées du P.L.M. Après avoir été ravitaillés au cantonnement des camions les conduisirent, avec nous, rejoindre notre artillerie tandis qu'un lieutenant combattant sans renforts alors que les Prussiens au contraire en recevaient à toute heure par le chemin de fer. Nos soldats étaient épuisés de fatigue et de souffrance ! Tout à coup, il était environ 1 heure, les masses profondes de Prussiens apparaissent et attaquent d'une poussée formidable sur notre droite... mais nous les écrasons avec nos obus de 75. Le Lieutenant sentit que l'après-midi serait rude et cependant voulant résister jusqu'à la fin, espérant aussi dans cette audace du Français, dans cette intrépidité joyeuse des troupiers qui assurent parfois, au moment suprême, le sort de la bataille, il lança ses réserves en avant et le combat dedoubla d'acharnement. Les Algériens, jeunes, frais, dispos, ayant vu tant des leurs décimés, s'élancèrent avec une âpre envie de vengeance. Ils parirent en courant baïonnettes au canon ! Les tirailleurs poussaient de grands cris et brandissaient leurs fusils au dessus de leurs têtes . Nous étions donc à Herbécourt et nous les protégions sur la droite du côté de Flaucourt tandis que sur la gauche du côté de Cappy un régiment de Zouaves combattait pour maintenir l'ennemi. Dans le village, les Allemands embusqués, tirent à bout portant sur la trombe humaine qui passe... mais nos batteries les couvrent dans le vallon d'une pluie de fer. Ils s'engouffent, ils atteignent le vallon, ils chargent. Décimés, foudroyés, ils s'élancent encore tandis que l'armée s'éloigne et c'est là, sur ce front, que j'ai vu 2 Allemands enfilés à la baïonnette qui gisaient dans une mare de sang sur le sol. Quelle cruauté la guerre ! car les Algériens ne faisaient pas de cadeaux... mais nous avons eu beaucoup de pertes dans nos premières lignes tout comme eux dans les leurs. Nous restons dans cette contrée jusqu'au 25 août 1916 avec des jours d'accalmie, d'autres d'attaques et de contre attaques mais les Allemands n'osaient plus avancer, ils avaient peur des Algériens ! Quant à nous, c'est un front durant lequel nous avons été bien ravitaillés en munitions et en obus et en nourriture... tout suivait bien et nous n'avions pas faim.
Dans la nuit du 28 août 1916, bien douce et bien étoilée, nous étions 3 Poilus à monter la garde quand mon voisin de gauche nous chanta:"C'est à Flaucourt, sur le plateau, qu'on va laisser notre peau - nous sommes les sacrifiés, les condamnés" et mon voisin de droite de lui dire à son tour: " eh tu oublies, camarade, dans ta chanson que nous sommes de la chair à canon". De chaque côté des lignes les troupes étaient occupées à enterrer leurs morts car en cette saison il faisait très chaud et par moment il arrivait des vagues d'odeurs nauséabondes ... L'attaque dans la Somme a été aussi meurtrière que celle du fortin des quatre cheminées à VERDUN. Lorsque nous arrivâmes le 5 juin à la relève, nous passâmes dans des endroits où il était tombé plus de 1200 obus de 210 pour réduire nos pièces au silence. Nous le crûmes facilement en voyant le terrain ravagé, les pièes enterrées, les cagnas démolies et les caissons éventrées. Comme elles avaient l'odre de tenir, elles avaient tenu jusqu'au dernier Servant. Le 30 août, la sonnerie du clairon nous rappelle au rassemblement. Un gradé nous prévient de descendre au dépôt chercher les chevaux et de reformer la 31ème batterie et de nous présenter à l'Etat Major du cantonnement car un régiment d'Hindous venait nous remplacer (peut-être celui qui passa quelque temps à LONG ?) De là, nous partîmes au repos à Ribécourt dans l'Oise tout près de Compiègne... un repos bien mérité une nouvelle fois ! Nous étions épuisés et nous crevions de sommeil ! Du 3 septembre au 25 novembre 1916 sous les ordres du lieutenant on partait en camion tous les jours ravitailler les gars à l'arrière du front. Du 25 novembre au 10 décembre on surveillait et on guettait à Rethondes. Pendant ce temps, l'Etat Major reforma un corps de batterie. Nos chevaux bien reposés, nourris et en bon état, nous embarquons sur le train P.L.M jusqu'à Marseille et pour nous donner du courage, on y resta 10 jours en attendant d'avoir un paquebot. Tous les jours au soir, on se promenait en bande, on visitait la ville, les quais, les ponts mais à 9 heures 30 il fallait rentrer pour l'extinction des feux de 10 heures.
Le 20 décembre 1916: "A mon commandement faites embarquer !" "Bien mon colonel" Nous partimes sur un magnifique cargo, très grand, qui portait le nom d'une femme "la Marguerite" avec une pleine cargaison de diverses marchandises, munitions et ravitaillements destinés à l'armée d'Orient. Nous nous rendions vers les Daranelles pour Constantinople. Rembarqués pour la 2ème fois, nous étions bien escortés par 3 sous-Marins et nous avions des canons sur notre bateau. Mais je n'étais pas fier, j'avais même très peur après ce que j'avais vu et vécu en pleine mer d'Egée lors de mon premier embarquement en 1915. Au bout de 4 jours nous étions, le 24 décembre nous étions à Constantinople et nous avions quartier libre... Lors de ma promenade dans cette ville, j'entends: "CARTON, CARTON, devinez qui ? un Poilu de mon village , Joseph BRUNEL ! On ne peut pas s'imaginer la joie ressentie de rencontrer un gars d'enfance en terre lointaine à des milliers de kilomètres de sa patrie, de son village LONG. "Eh ben mon vieux ! Etant à Rethondes, j'ai reçu un peu d'argent de ma famille et je l'avais conservé pour l'Orient... J'ai bien fait de ne pas l'avoir dépensé avec les belles filles de Marseille sur le pont de la cannebière car on fêta réveillon et on est allé ensemble à la messe de minuit. Puis le lendemain après s'être occupé des chevaux et avec la pemission du quartier maître, on se rendit à la messe de Noël. Ce fut un court séjour qui nous réconforta mais hélas nous nous dîmes "ce n'est qu'un au revoir, que Dieu nous garde"et nous partîmes chacun de notre côté rejoindre notre régiment. De Constantinople, nous partîmes en Bulgarie. En attendant le front ne s'endort pas . Tous les jours même de nuit, attaques et contre attaques se succèdent sans interruption, à tel point que pour essayer de calmer l'ardeur de l'ennemi, les Alliés se voient dans l'obligation de lancer, avec ce qu'ils ont sous la main, une attaque générale sur l'ensemble du front. Au début la progression s'annonce bien, en certains points, elle réalise même une avancée en profondeur, mais l'effort fourni a été trop violent; les forces Franco-Britaniques, à bout de souffle, doivent s'arrêter et s'enterrer. Le front dès lors se stabilise. Nous sommes donc le 5 janvier 1917. Comme le front est calme, l'ennemi est fatigué et démuni de munitions, notre général nous conduit vers les MONTS BALKANS. Comme il gelait , les nuits étaient lugubres, on entendait les loups hurler qui venaient roder auour des camps. Mais nous avions reçu l'ordre, que s'ils approchaient trop près, nous devions tirer dessus. Nous arrivons ensuite à Sofia puis nous nous rendons en Serbie. Les pauvres Serbes courraient après nous pour avoir un morceau de pain. Mais hélas nous n'avions pas trop pour nous . Le général qui avait bon coeur, leur donna 1 sac de boules de pain de seigle. Un homme assez âgé nous dit: "Nous sommes un petit peuple épuisé par trois guerres. Tous les fléaux se sont abattus sur nous; A présent on veut détruire et dérober notre Patrie; Si l"on ne vient pas à notre aide, nous sommes perdus" Mais le général lui répond: " courage les Serbes, nous sommes là ! avec les Alliés, Anglais, Hindous et Africains" Là-haut sur les collines la batterie se mit en position mais les Allemands n'étaient pas relevés et ils étaient épuisés de fatigue donc nous sommes restés sur le front pendant 6 semaines à peu près calme. Mais il gelait dur. Nous voilà arrivés vers le 25 février 1917. Nous quittons la Serbie pour nous rendre en Albanie puis en Macédoine pour nous mettre en position sur la droite de Monastir. Les forces, comme les intentions des Allemands en Macédoine ont donné lieu à un grand nombre de rumeurs succésives et contradictoires. Il faut voir, dans les fausses nouvelles lancées d'Athènes, de Sofia ou de Bucarest. L'oeuvre habituelle de l'agence spécial du grand état-major Allemand, pour tenter d'égarer l'adversaire sur ses desseins. Tantôt on disait que les divisions affluaient à Monastir et que l'attaque de Salonique était imminente, tantôt, on annonçait que les troupes et surtout que la grosse artillerie Allemande avait été retirée de Macédoine et transportée sur le front occidental, pour coopérer avec l'attaque de VERDUN. On m'a signalé, dans les premiers jours de mars, l'interruption de quelques bandes et patrouilles Allemandes. dans les villages de la frontière Grèque, aux environs de Doiran, les troupes hélléniques, conformément aux ordres qu'elles ont reçus, ont évacué ces villages, se retirant devant les belligérants. Les troupes des Alliés ont repris un petit village qui finalement est resté entre nos mains. Pendant ce temps, les défenses de Salonique se sont encore perfectionnées, les généraux qui les ont visitées, ont dû reconnaitre qu'elles étaient formidables et qu'une armée de 500 000 hommes attaquant maintenant la place n'en viendrait pas à bout; Cette situation a grandement contribué à améliorer les rapports des Alliés.
La troupe Française d'ORIENT, placé sous le commandement du Général assume la lourde tâche de protéger les flancs du camp retranché , de ravitailler ses troupes et de leur amener du renfort. C'est ainsi que les héroïques Serbes, reformés à Corfou accompagnent les jeunes classes et sont peu à peu transportés à Salonique. On était le 5 avril 1917. l'adjudant fit le rassemblement et nous regagnâmes le dépôt: "Allez au repos jusqu'à nouvel ordre ! Pendant ce temps, réparez et graissez bien les canons" 15 avril 1917: visite du Lieutenant: " Préparez-vous, demain, nous montons au front". Nous marchons jour et nuit à ravitailler à dos de cheval les premières lignes car la plaine était formée de trous d'entonnoirs occasionnés par les obus. Cela dure 15 jours. Le 2 mai 1917, après la dissipation du brouillard, une grosse offensive se déclenche. Nos colonnes se mirent en mouvement, mais malheureusement c'étaient des jeunes troupes, nullement habituées ni endurcies. Quelle journée tragique ! quelle catastrophe ! Beaucoup de pertes dans notre Infanterie. Nous repartons au cantonnement; le 25 mai rassemblement qui nous donne l'ordre de remonter pour une deuxième attaque. Cétait lamentable et désespérant, nos chevaux épuisés n'ayant pas mangé, tombaient de faim et de soif. Dans la plaine de la Macédoine, pas une goutte d'eau, une chaleur accablante et nous-mêmes pas nourris, pain noir de seigle. C'est là que nous avons eu faim ! C'est ainsi qu'un jour, détaché d'une reconnaissance et porteur d'un pli pour mon commandant, je traversais à cheval un village à demi détruit et naturellement inhabité... ça et là des morts car on s'était durement battu. Soudain, au tournant d'une rue, une devanture de boutique avec ce mot magique: Epicerie ! certes la maison avait beaucoup souffert mais ce serait bien le diable s'il n'y avait pas quelques chose de comestible, n'importe quoi oublié dans un recoin... Au moment où, ayant mis pied à terre, je me disposais à pénétrer dans la boutique, poussé par la faim, je me trouvais nez à nez avec un fantassin, sorti de je ne sais où, qui m'avait devant lui et qui serrait précieusement contre lui une grosse boite en fer blanc. "Tu cherches quelque chose à croûter ?" me demande-t'il avec un sourire fraternel. "Bien sûr ! toi aussi ? qu'est-ce que tu as trouvé ?" j'ai trouvé ça ! tu peux toujours fouiller mais si tu veux de ça sors ta gamelle !". Cà c'était de la moutarde jaune, une énorme boite de fer, une belle moutarde jaune. Quand il ouvrit la boite, nous nous mîmes tous deux à éternuer ! "Donne toujours !" présentant ma gamelle.Il m'en donna une bonne mesure. Je ramenais ma gamelle pleine à ras bord au peloton où les copains venaient de toucher quelques boules de pain et rien d'autre. Alors, éternuant, crachant, grimaçant, tout le peloton affamé dévora ... faute mieux ... des tartines de moutarde, de quoi emporter la gueule de tous les diables de l'enfer. Le lendemain, parti à douze, à cheval, toujours en reconnaissance, nous venions d'arriver au contact après toute une matinée de recherches. A côté, il y avait une ferme abandonnée où de gros poulets picoraient. Alors tandis que la moitié d'entre nous tiraillait en combat à pied sur un peloton de Hulans qui se débinait au galop, sans riposter, l'autre moitié d'entre nous attrapait les poulets qui, bientôt, le cou tordu, pendaient sur nos sacoches. Et le soir, on se "tapa" du poulet rôti ! sans pain et arrosé de l'eau qui coulait à l'abreuvoir d'un village désert où nous avions rempli tous nos bidons. Trois jours après nous sommes partis à dix. Nous traversons un village pillé, dévasté, détruit par les canons et nous découvrîmes une fromagerie au stade artisanal. On entra dans un hangar... un spectacle merveilleux s'offrit à nos yeux... sur les claies de gros fromages plats s'étalaient; les uns déjà secs, les autres se liquéfiant en coulées odorantes... Avec des cris de triomphe, on découpa dans les fromages et on remplit nos gamelles de la pâte savoureuse. Mémorable ripaille ! Du fromage jusqu'à l'écoeurement, toujours sans pain bien entendu. Mais nos estomacs, une fois encore, providentiellement remplis ! Je m'en lèche encore les babines. Nous repartîmes tous les dix rejoindrent nos copains pour partager le fromage. Nous étions donc le 5 juin 1917... Je ne dormais pas, j'admirais le doux ciel et les étoiles de la Macédoine, rien n'est si doux que de penser au Pays qui est le nôtre, malgré que j'en étais à des milliers de kilomètres et dire que nous en avons encore pour un an de cette vie de malheur, que j'ai vu et enduré tant de choses, pourtant, il nous fallait tenir bon et prendre courage. Quel fléau la guerre ! Pourquoi et pour qui ? Quand cette race immonde sera vaincue ? pour que nous soyons délivrés de cette vie de cauchemards. Le 6 juin 1917, rassemblement ; Des camions chargés de chevaux Bulgares viennent d'arriver au cantonnement."Descendez-les des camions et nous partirons vers Salonique chercher des canons puissants qui viennent d'arriver au port, d'un navire provenant d'Amérique, et de là, on se dirigea à la gare pour le front des Balkans.
10 juin 1917: Il fallait marcher jour et nuit, ravitailler à dos de cheval, les premières lignes , l'infanterie et les tranchées. C e n'était guère facile dans les montagnes. Ce manège là dura trois semaines. Le ravitaillement commençait à s'épuiser. Le 2 juillet 1917 nous avons glané du bois avec les copains et nous l'avons placé dans une petite rivière , le lendemain matin , nous sommes allées ramasser des écrevisses, puis des grenouilles... on leur coupa les cuisses, elles étaient très grosses et on les fit griller sur le feu de bois... les pauvres bêtes, elles se demandaient ce qui leur arrivait; elles étaient restées là, immobiles, sur la terre avec des grands yeux tout ronds qui nous regardaient. La faim, c'est cruel et c'était la guerre pour tout le monde ! ( il restait un peu d'humanité à ces hommes tellement chamboulés par ce qu'ils vivaient).
Il y eut des jours fastes, on pourrait même dire pantagrueliques mais le 4 juillet en allant conduire les chevaux boire à la rivière, un soldat vit un cochon errant dans la nature... Ni une, ni deux, il prend son fusil et l'abat. Dieu est avec nous ! On l'emporta triomphalement au peloton; toujours la même rangaine, tous les jours du cochon sans pain...Le quatrième jour, une petite camionnette est arrivée avec tout un chargement de sucre, de boules de pain, de café et de boissons pour nous sauver la vie ! Le cinquième jour, le ventre bien rempli, nous partîmes à dix militaires en reconnaissance à douze kilomètres de notre point d'attache. A travers un village pillé de fond en comble par les "Fritz" sauf une maison. Sur la porte de cette maison inexplicablement épargnée, je découvris un papier affiche: "Ici habite un bon Allemand; pillage interdit !" Tout s'expliquait ! Je fis signe aux copains de venir, qui avertis accourirent concupiscents d'appétit (sic). On décrocha le volet et on effectua une perquisition en règle, sans rien âbimer, d'ailleurs, la cuisine était nette et vide, pas le moindre "rogaton". A la cave, pas une bouteille mais seulement toute une ribambelle de bocaux de harricots verts en conserve, baignant dans l'eau salée. Nous les mettons dans nos sacoches ... Naturellement, on les lava sommairement, les bienheureux harricots, mais il aurait fallu les mettre à tremper au moins 24 heures ... On les fit boullir et on les mangea mais ce fut affreux ! Après chaque bouchée, il fallair avaler un bon quart de flotte. Mais ça passa tout de même. Nous quittons les Balkans pour la Roumanie... Cela nous conduisit au mois d'août, il faisait très chaud. Nous y restons en position jusqu'en septembre. Le front était très éloigné et par moment très calme. Le 5 octobre 1917, un train militaire nous attendait en gare... nous embarquons canons, chevaux, caissons, et direction la Serbie.
Ce n'était guère mieux, nous avons laissés nos chevaux épuisés pour en reprendre aux Serbes, des beaux petits chevaux bien vaillants. Les pauvres gens me faisaient pitié, ils pleuraient de les voir partir, remplacés par les nôtres qui ne tenaient plus, surtout que nous avions traversés des pays pauvres et montagneux. Nous embarquons le 8 octobre 1917, toujours un jeu sans fin, direction le front pour y prenre position. Huit jours passèrent calmement.Lorsqu'une nuit, brusquement, une avalanche d'obus de tous calibres s'abat sur notre position et nous met en alerte. Des fusées éclairantes partent tout au long de nos lignes... A la lueur, nous distinguons des fantassins ennemis sortant de leurs tranchées et se dirigeant vers nous. Notre artillerie déchaîna un feu d'enfer sur les assaillants, mais déjà quelques-uns de nos adversaires ont franchi le rideau de feu et s'approchent de nous. A la grenade, nous arrêtons leur élan, l'alerte est chaude pendant plus d'une heure, la fusillade crèpite de tous les côtés, la fumée âcre de la poudre, les explosions des grenades et des obus nous prend à la gorge. Le calme revenu, nous constatons beaucoup de pertes de leur côté. Quelques jours plus tard nous étions relevés de ce secteur nerveux et nous allions passer quelques jours en réserve dans les casemattes.
Le 15 novembre 1917, nous remontons au front jusqu'au 20 décembre ... toujours le même cinéma, attaques et contre attaques, accalmies. Le 21 décembre, desendu au repos, Noël 1917 approchait à pas lents. C 'était le quatrième que je passais loin de ma famille... Il y avait tous les corps de métiers dans ce régiment et parmi nous se trouvait un brave homme de prêtre... C'est le mont du Seigneur prédentait-il avec son bon sourire de curé de campagne. Ce fût lui qui se chargea d'organiser et de célébrer la messe de minuit. Le parc avait fourni les sapins, la coopérative les bougies en guise de cierges. Sous le surplis de l'aube de l'officiant apparaisient les bandes molletières plongeant dans de lourds godillot qui craquaient au moment des géniflexions. Souvent il arrivait au bon Dieu de dissimuler tant bien que mal sous ses habits sacerdotaux sa tenue bleu horizon. La chapelle qui n'avait jamais reçu l'hommage d'une pareille foule était bien trop petite pour soutenir à la fois les chrétiens et les mécréants surtout. Le minuit chrétien a été chanté par les soldats de bonne foi ! Et tous ces braves bougres dont certains mettaient les pieds pour la première fois dans un lieu sacré reprennaient en coeur "Noël ! Noël ! voici le Rédempteur !" J'ai communié en l'intention de mon frère tombé au champ d'honneur. La messe terminée, dehors pieds dans la neige qui depuis quelques jours avait fait son apparition, nous partîmes au cantonnement et une grande surprise nous attendait ! des tréteaux avaient été dréssés et sur les tables se trouvaient des assiettes remplies de gâteaux et une bonne Bavaroise bien chaude dans les tasses... c'était réconfortant... Cela nous a permis d'oublier un peu toute cette misère malgré que c'était un Noël qui se déroulait sur le front.
Le 3 janvier 1918, nous quittons la Serbie pour l'Albanie... Nous marchions 3 kilomètres par jour.Nous passions des journées entière sans entendre un seul éclatement d'obus; quel repos après de rudes épreuves. Cette situation ne pouvait malheureusement pas durer... Brusquement le 18 janvier 1918 ce calme idyllique dont nous jouissions depuis quinze jours se trouva rompu par une attaque Allemande menée simultanèment sur nos deux postes avancés. Les chasseurs firent merveille. Malgré leur petit nombre , ils arrêtèrent net les agresseurs. Le commandant Allemand qui conduisait l'attaque sur ce point a été tué au cours du combat et l'ennemi n'insista pas et se retira. Aucune perte de notre côté...Comme le front était redevenu calme, on refaisait 20 kilomètres chaque jour. Le 2 février 1918 nous sommes partis au repos trois jours puis belotte et rebelotte, nous marchons de nouveau jusqu'au 20 février. Nous arrivons dans un village dévasté dont il restait 3 grands hangars, saisis par une grosse tempête de neige, nous y trouvons refuge. Heureusement 2 jours après le grand dégel est arrivé...Nous partimes à la gare pour embarquer pour le Grèce. Le 10 mars 1918, je reçois du courrier et 2 colis... mais malheureusement une lettre de mes parents que j'ai lue et relue. Je m'affaissais et je fondis en larmes. Cette lettre a été terrible et foudroyante, car elle m'annonçait la mort de ma soeur Marguerite; décédée si jeune et rappelée à Dieu. Sur le front d'Orient, surtout si loin de sa famille, ce fut une journée angoissante que je n'oublierai jamais. Arrivé le 28 mars 1918 à Véria, nous partîmes à la caserne et au repos. Quant au 15 mai, on reçoit l'ordre de monter à l'attaque avec du renfort en liaison avec Grecs et Anglais... Un mois sur le front, sans nous laver, nous raser ni changer de linge. Nous étions toujours pris d'assaut. Nous partîmes à 6 en reconnaissance à 10 ou 12 kilomètres du front.Le 16 juin 1918 la route était bordée de pruniers chargés de mirabelles, les branches ployaient sous le poids des fruits dorés en pleine maturité.
A cheval, nous étions à bonne hauteur, il n'y avait qu'à tendre la main pour cueillir un bouquet au passage... Comment y resister ? on s'empiffra sans vergogne. C'est par kilos qu'on se bourra d'exquises mirabelles, charnues, juteuses, parfumées; un régal de roi ! Et puis on n'avait guère autre chose à manger, alors à tout péché miséricorde ! On remplit nos cacoches et on les conduits à nos Poilus de là-haut, mais comme on n'avait rien dans le ventre, attention à la colique. Les brillants cavaliers avaient mal au ventre et comme on avait sérieusement forcé sur les mirabelles, le spectacle devint bientôt dramatique... tous les dix mètres, on pouvait voir deux cavaliers arrêtés sur le bas côté de la route, l'un tenait par la bride le cheval de l'autre accroupi en attendant que l'instant d'après les rôles fussent inversés par la même fatalité. En arrivant sur le front, on donna de bon coeur, nos sacoches au régiment qui se jeta dessus et nous leur souhaitions un bon appétit. Car nous autres, on n'en aurait plus manger une malgré la faim et la soif qui nous tenaillaient. Je les considère toujours comme un fruit digne du paradis; je sais aussi comment les mirabelles peuvent aussi conduire les gourmants en purgatoire. Trois jours à Servia et 3 jours dans les monts Olympe avec des boites de boeuf et quelques boules de pain. En plus de cela, nous avons été repérés dans les monts et il est arrivé une escadrille de petits mastiquos Allemands qui, pour la première fois, rasaient nos lignes à l'arrière tout en mitraillant, c'était effroyable, épouvantable, quel tableau d'horreur que je verrai toujours apparaître. Nous avons eu beaucoup de pertes ! aussi bien parmi les hommes que parmi les chevaux. Le Lieutenant passant dans les lignes avec son révolver finissait d'achever les chevaux qui agonisaient et qui saignaient. Quel désastre ! c'était horrible, un bombardement comme je n'en avais jamais vu. Le sergent partit avec la Jeep chercher 4 cuistots pour découper les chevaux et en ramener les meilleurs morceaux à l'intendance. Pendant ce temps le lieutenant fit le rassemblement et nous descendîmes au cantonnement avec ce qui nous restait d'hommes. Pendant trois jours on a mangé du biffeteck de cheval. Nous quittons les Monts Olympe par le train pour nous rendre en Salonique.Nous étions le 1 juillet 1918. 5 jours de repos bien mérités car il faisait très chaud, 65°... Au bout du 4 ème jour, un peu rétabli, j'étais installé à la terrasse d'un café ! et là, un mystère, devinez qui ? j'ai reconnu un gars du village : Georges de Saint Riquier. "oh, eh bien ça alors, si je m'attendais à te rencontrer ici ! Cela nous a réconforté l'un et l'autre, 3 heures passèrent très vite car il y avait tant à raconter et le devoir oblige, il fallait se rendre à l'appel. Je lui pris les mains et je lui redis la surprise ! Quel bon moment nous avons passé ensemble. "Georges, que Dieu nous protège et nous garde en vie... l'espoir de nous revoir dans notre beau village, tu sais cette journée-là tant attendues, je te promets que nous l'arroserons mais hélas en attendant il nous faut repartir au front !" "Adieu mon cher ami, ce n'est qu'un au revoir et j'espère nous retrouver sain et sauf et en entier... Je vais écrire à mes parents pour qu'ils mettent de côté une bonne bouteille dans la cave et nous la dégusterons au retour ! surtout qu'on n'en a même plus le goût, depuis que nous en sommes privés" et un baiser d'amitié et de courage nous sépara ! Deux grosses larmes coulèrent sur nos joues à l'un comme l'autre.
Le 6 juillet 1918, comme d'habitude, rassemblement et au jus ! Nous voyons arriver un Etat Major important nous annonçant le retour en France. Je n'en croyais pas mes oreilles ... j'ai ressenti une grande réaction en moi, on aurait juré que je recevais un coup de couteau en pleine poitrine. Avoir vécu 2 ans et demi et souvent frôlé la mort, si loin de sa patrie et de sa famille en plein Orient ! fou !. J'en ai vu des pays et parcouru des kilomètres...La Tuquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Serbie, le Monténégro, l'Albanie, la Macédoine et la grèce... fou ! Un front immense, des pays ravagés par les obus et les bombes... des journées tragiques et surtout la faim et la soif. Nous partîmes dans la chambrée chercher notre bardas puis à la cuisine pour prendre des vivres pour 2 jours. De là des camions nous conduisirent en gare de Salonique. Journée inoubliable qui sera gravé dans mon esprit pour la vie ! J'ai vu disparaitre petit à petit les Dardanelles, la mer Egée, la Turquie ... nous nous rendions au port d'Avlova. Nous embarquons sur un croiseur "le Maloja" jusqu'à Tarente et là nous reprîmes un paquebot "la Providence" pour arriver dans la mer Ionienne. Nous longeons les îles de Corfou, Saint Maure, Céphalonie, Zante pour faire escale à La Valette en ile de Malte. 1 jour de repos puis Palerme en Sicile, 1 jour de repos, et Bizerte 2 jours. ce qui nous fait le 15 juillet 1918 et direction Marseille. Arrivé u port le 20 juillet 1918 en terre Française. Je me rappelle que lorsque j'arrivais en France et que le vaisseau entra dans le port, il fut impossible d'en retenir un seul à bord; tous sautèrent à terre. Qu'il est doux, au retour, de respirer encore cet air du ciel natal où l'on croit rajeunir. Cet air qu'on respira dès sa première aurore, tout embaumé d'antique souvenirs. Je pense rêver et oublier toutes mes misères; des larmes roulent et coulent sur mes joues. Des camions militaires nous transportent à la caserne. En arrivant, un sergent nous attend "Par ici ! au dépôt, douche, rasé et un coiffeur vous attend !" puis à votre droite on vous distribuera des habits neufs ... et on passa ensuite un par un à l'Eta Major: " voilà, militaire CARTON, je vous signe votre bulletin de route... dans deux jours un train militaire vous conduira à Paris et de là un autre vous emmenera dans la Somme à Longpré-les-Corps-Saints ... et sur ce bulletin, une permission bien méritée du 25 juillet chez vous au 14 septembre 1918 pour vous rendre le 15 septembre en gare de Charenton où un camion vous attendra ! Exécutez les ordres ! " "Bien mon commandant" "et passez un bon moment de détente chez vos parents !" "Merci mon commandant" "au suivant !"
J'étais très fatigué et je n'ai même pas flâner en ville, de peur de rater le train pour la Picardie. Tout ce que j'ai pu faire en quittant Marseille c'était de dire au revoir à la belle statue de Notre Dame de la Garde, de la remercier et je l'ai fixé dans le ciel jusqu'à la dernièe minute comme je lui avais promis quand j'ai embarqué pour l'Orient. Elle a su me garder, me protéger et me rapatrier surtout qu'on était le 24 juillet et que le soleil était au rendez-vous ! J'avais donc écrit à mes parentsque je quittais Salonique pour Marseille mais je ne les avais pas prévenu qu'ils viennent me chercher à la gare car je ne le savais pas moi-même ni à quelle heure. Le 25 juillet 1918, arrivé à Longpré, ayant fait 200 mètres à pieds, une voiture s'arrête: "Eh soldat, où vas-tu ? à LONG, monte, j'y vais, je suis le docteur"... "Arrêtez-moi au café, je vais chez ma soeur et je le remercie de tout mon coeur. Je frappe à la porte et ma soeur me tombe dans les bras ! "Qui t'a ramené ?" "le toubib !" "entrez mon bon docteur, une visite comme celle-là s'arrose" Puis nous nous rendîmes tous les trois en auto chez nos parents... La mère se jeta dans mes bras ! ce fut une grande joie pour elle de me revoir et une grande douleur en pensant à son fils tué par un obus au fort Douaumont près de VERDUN et à sa fille très jeune qui s'est vue mourir laissant deux enfants en bas âge. Pendant une semaine, je ne pouvais pas y croire ! j'étais chez moi ! et de retrouver mon bon lit je ne pouvais pas m'y faire et je ne pouvais pas m'endormir, un jour au soir mon père me dit "raconte-nous un peu ce qui s'est passé au front ? Je lui ai répondu " tu sais c'était dur d'avoir vécu 2 ans et demi si loin de sa patrie et de sa famille en Orient, j'en ai vu des pays et parcouru des kilomètres, des mers, des montagnes, des chemins de fer et des paquebots. l'amiral HAMELIN, la Marguerite,le Maloja, la providence... le pire dans tout cela c'était la faim et la soif ! moins 25 degrés en hiver et plus 60 degrés de chaleur en été. J'ai passé de mauvais quart d'heures et connu beaucoup de misère... cela est passé ! parlons du présent maintenant" Mes parens ont aussi souffert pendant mon absence ... "Si le temps le permet, demain nous allons attaquer la moisson" Pour moi, ce sera un changement de décor ! 6 semaines passèrent très vite, quel bon repos et séjour que celui de retrouver sa famille et sa maison natale. Le 13 septembre 1918, il fallait préparer le balluchon car le devoir me rappelait sous les drapeaux et le 14 septembre mes parents me conduisirent à la gare de Longpré. Evidemment ce fut encore une journée avec beaucoup de larmes de versées "bientôt je reviendrai parmi vous car les Allemands s'épuisent et nous les battrons.". Le 15 septembre 1918 le train entre en gare de Charenton. Nous restons 8 jours et pendant ce temps libre, un Lieutenant me raconte que des chars légers sont en fonction depuis le 31 mai et qu'ils ont effectué des opérations destinées à rectifier le front devant la lisière de la forêt de Villers-Cotterets, impénétrable désormais et qui allait pouvoir abriter dans le plus grand secret la concentration méthodique des troupes en vue de l'attaque du 18 juillet, attaque surprise, de grand style, dans laquelle les chars joueront un rôle de premier rang comme engins de rupture et d'accompagnement... Vint le 23 septembre 1918. Nous restions dans la plaine au cantonnement car on attendait un train de chevaux Américains, lorsque la batterie fut reformée. Le 1er octobre 1918, départ pour Saint Dizier car l'ennemi vaincu et épuisé reculait laissant derrière lui des tués partout aussi bien dans les deux camps, dans les tranchées, dans les gourbis et sous les tentes. A l'aube tardive du jour, sur un champ semé de débris de chevaux et d'hommes,le commandant heurta un soldat couché serrant son fusil dans ses mains froides. Il se pencha sur lui "eh bien mon brave" lui dit-il, "voilà une mauvaise nuit passée, mais enfin voilà le jour qui se lève" Le soldat fit un effort de puissante volonté et parut cependant comme frappé d'engourdissement sur tous ses membres tendus et immobiles. "Allons, il faut s'aider un peu" en lui présentant un breuvage encore chaud, "prenez ceci !"Le soldat hésita avec une sorte de fierté respectueuse, puis prit la tasse et l'ayant vidée d'un trait il fit un nouveau et rude effort, se souleva, et appuyé sur son fusil, par une secousse violente, il se redressa de toute sa hauteur et parut ce qu'il était, un des plus vaillants cuirassiers. "Ah mon commandant, comme la faim et le froid démoralisent les hommes au coeur !" "Allez, mon brave, nous avons partager en frères le peu qui nous reste, ne vous laissez pas abattre, courage, nous sommes sur le front. De l'audace, toujours de l'audace, nous allons vers la victoire... L'armée Américaine dispose déjà sur place de trois bataillons de chars légers et d'un régiment de chars d'assaut amenée par voie ferrée". L'attaque se déclenche à l'heure prévue, un brouillard léger aide encore à la surprise complète sur tout le front. L'ennemi s'affole et tente vainement de se ressaisir, notre avance s'opère avec une célérité croissante. Pendant cette importante opération, sur le flanc Ouest de la poche Allemande une attaque accompagnée de deux bataillons de chars légers a lieu au Sud de la Marne et au Sud de Reims. En raison des difficultés des liaisons et la rapidité de la progression, les chars légers en réserve sont mis à la disposition des corps d'armée pour être employés dans le sillage des divisions dont l'action en profondeur est de plus en plus grande. Une telle énergie au service d'un tel héroïsme n'a pas besoin de commentaires; les faits parlent plus haut que les louanges. L'ennemi pourvu d'artillerie bien retranché s'est ressaisi; malgré cela, notre avance est réelle en certains points encore que pénible. Les chars d'assaut Saint-Chamond et les 4 batteries SCHNEIDER à la fin de la journée et après 6 jours de combats consécutifs ont fourni leur supprême effort. Pendant tout le mois d'octobre, les chars légers soutiennent au Nord-Ouest de Soisson des combats acharnés. Les bataillons fondent comme la neige au soleil, mais l'armée Mangin avance pied à pied , broyant lentement les meilleures troupes d'Allemagne qui s'acharnent à disputer désespérément la fameuse charnière. Deux bataillons de chars légers coopérent à l'enlèvement du saillant de Saint Mihiel, presque sans pertes, avec un plein succès.
Par ailleurs toutes les unités de chars d'assaut mises à la disposition de l'armée Américaine livrent une série de durs combats dans la région de Monfoncon, de Cierges et de Lunel. Une série d'opération victorieuses en Champagne ajoutent à la gloire des chars d'assaut un nouveau fleuron. Pendant une dizaine de jours une série d'avances qui vont jusqu'à 4 kilomètres par jour permettent à nos troupes précédant les chars de s'emparer du redoutable massif fortifié au Nord de Reims.Nos chars sont partout, sur tous les fronts... dans les Flandres, en Champagne, dans la Meuse, à Stenay, à Commercy et se mèlent intimement à la ruée glorieuse contre l'ennemi enfin en déroute. Les 9, 10 et 11 furent les 3 jours les plus ensanglantés car les Allemands furieux, se voyant perdus, tiraient de partout comme des fous, les obus éclataient de partout.
Le 11 novembre 1918, le Lieutenant vint nous prévenir: "L'Armistice vient d'être signé ! Honneur à la France, gloire à nos soldats ! le commandant vous invite tous à trinquer en cette belle journée que nous attendions depuis si longtemps !" On s'embrassait, on pleurait de joie comme des enfants puis nous chantons tous la Madelon. Grâce aux chars d'assaut provenant d'Amérique, les Schnéider, les Saint-Chamond, les Renault tenaces, vibrants, sonores, précédant les masses d'infanterie qui ont vu tomber sous leurs coups les obstacles et s'ouvrir enfin les sanglantes portes de la Victoire.
Le commandant reprend en levant son verre notre chant national "La Marseillaise, datant de l'époque révolutionnaire, ses accents fiers et passionnés firent beaucoup pour entrainer les soldats à la Victoire... Composée par Rouget de Lisle, elle devint populaire grâce à une troupe de Marseillais qui la chantèrent dans leur marche. De là son nom... Allez mes héros de la France , tous en coeur: "Allons enfants de la patrie, le jour de gloire est arrivé,Aux armes Citoyens ! formez vos bataillons ! Marchons, marchons qu'un sang impur abreuve nos sillons... " "Maintenant je réclame un moment et une minute de silence pour tous ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie.
Gloire à notre France éternelle
Gloire à ceux qui sont morts pour elle
Mourir pour la patrie
C'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie !
La république nous appelle
Sachons vaincre, sachons périr
Un Français doit vivre pour elle
Pour elle, un Français doit mourir !
A la onzième heure, du 11 ème jour du 11ème mois de l'année 1918, toutes les cloches des églises de France se mirent à sonner pour annoncer la signature de l'Armistice qui mettait fin à la GRANDE GUERRE au cours de laquelle treize millions d'hommes dont un million et demi de Français avaient été tués en quatre ans et trois mois. Au front les clairons, juchés sur des parapets sonnaient le cessez le feu ! Les Poilus qui avaient survécu à tant d'épreuves s'étreignaient en pleurant !
Georges Clémenceau avait reçu le message du maréchal Foch, généralissime des troupes Alliées l'avertissant que l'armistice était signé; il s'était écrié en dissimulant mal ses larmes "tout cela n'aura servi à rien ?" et suscita une interminable ovation en déclarant à propos des morts de la Grande guerre:
"Grâce à eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd'hui soldat du droit sera toujours le soldat de l'idéal.".
La guerre de tchot Elie n'est pas terminée... il lui faudra attendre 1919 pour rentrer définitivement chez lui et il va encore lui arriver des "misères" comme il le dit si bien...
Quatre armistices seront signés en 1918: Cette première guerre mondiale s'est achevée victorieusement le 11 novembre 1918, non par le seul armistice de la fôrêt de Compiègne mais par quatre armistices celui donc de Rethondes avec l'Allemagne, suivant ceux de Salonique (Bulgarie) le 29 septembre, Moudros (Turquie) le 30 octobre et Padoue (Autriche) le 3 novembre 1918.
En 1918 le ministre Georges CLEMENCEAU dirrige la guerre avec une énergie farouche. Les Allemands tentent de briser le front Allié mais FOCH commandant en chef des armées Alliés prend l'offensive et ne laisse aucun repos à l'ennemi. C''est la bataille de France, l'Allemagne est vaincue et ell capitule. L'Allemagne est complètement désarmée et nous pouvons lui imposer la paix que nous voulons. Clémenceau marque à ce moment une certaine jalousie à l'égard de Foch qui a dirrigé et gagné la guerre. Il entend, à son tour, diriger et gagner la paix. Alors cesse cette belle entente qui, depuis DOULLENS, unissait les deux hommes. Foche estime en effet que la paix que l'on prépare ne nous conserve pas toutes les garanties que l'armistice nous assurait. Il proteste, on ne l'écoute pas ( et c'est bien lui qui avait raison... L'Allemagne va garder des Armes, en fabriquer d'autres jusqu'en URSS et préparer la seconde guerre mondiale avec la folie du nazisme d'Hitler). Quelques jours avant la date fixée pour la signature du traité de paix, il écrit à Clémenceau ceete lettre conçue approximativement dans les termes suivants:
"Ce n'est pas le Maréchal qui écrit au Président du Conseil, c'est un Français qui s'adresse à un autre Français et lui dit que "si vous signez le traité de paix envisagé, dans vingt ans, nous aurons la guerre !" et là encore il avait raison, Foche voulait une frontière à la SARRE..
Elie CARTON écrit qu'il ne se trompait que de quelques mois...
Le Maréchal Foch n'assista pas à la signature du traité de paix, ce jour-là il reste à Kreuznaech où il avait établi son quartier général.
Ces deux grands hommes ne se revirent plus et ne se reconcilièrent jamais. Les circonstances ne s'y prêtèrent pas . Ce fut grand dommage car ils s'estimaient pleinement, je dirai même plus qu'ils s'aimaient. Clémenceau lui-même l'a avoué lorsqu''il écrivit son dernier livre " Grandeur et misère d'une victoire" dans lequel il met en cause le Maréchal FOCH, malgré tout, je ne peux m'empêcher de l'aimer. Dans les divergences d'opinions qui séparèrent ces deux grands Français,il n'y eut rien de petit ! Si graves qu'elles aient pu être, elles sont dépassées pa la grande oeuvre que Foch et Clémenceau ont accompli en commun.
Ce qui les a divisés doit être rejeté dans l'ombre par l'éclat de la victoire qui unira toujours leurs noms.
Combien sont-ils les survivants de ce cataclysme qui ravagea quatre ans durant la France et sa jeunesse ? A ces survivants, nous devons le respect et la reconnaissance. La mémoire ne reste qu'à ceux qui ont souffert, ont été meurtris dans leur chair et dans leur coeur comme moi. Elle doit être cultivée pour les autres afin que les grands enseignements du passé ne puissent être oubliés ni occultés, ni altérés, que leurs leçons soient comprises et retenues. Malgré toutes nos fatigues, tous les Poilus écoutèrent les récits du commandant qui était un grand orateur et termina tard dans la nuit avec ses jolis vers:
"Combattants, vous rompiez les chaines
Vainqueurs, vous brisiez les tyrans
Soldats sans rage et sans furie.
Plus de vaines ambitions
Vous avez rendu la Patrie
Chère et charmante aux Nations
Moment sublime et trop rapide
Salut donc jeunesse intrépide
Car vous fûtes la grande Armée."
"Soldats ! Trinquons tous ensemble ! Le dernier verre de la soirée en l'honneur de la victoire. Je vous donne trois jours de repos bien mérités, après le rassemblement et l'appel, je formerai les régiments et vous partirez tous en occupation en Allemagne ! Allez, rompez et bonne nuit ! Reposez-vous bien car vous ne serez plus réveillés par les grondements sourds du bruit des canons !"
Le 24 novembre 1918, nous partîmes pour le camp de la Sartergne incorporés dans l'escadron de la 22 ème batterie, 2ème classe et par étape pour Saint Mihiel - Commercy. Mais les chemins étaient ravagés par des obus, le cheval fit un écart, je glisse et je tombe sous le caisson, la roue me passe sur le cou, l'oreille arrachée et contusion à l'épaule droite. Un copain saute, arrête les chevaux et un autre vint me relever ... je me suis dit: " CARTON, tu sors de la cour des miracles !" "comment vas-tu ?" "tout doux !" "Ce n'est pas grave, allez cavalier, en selle et en route !". Le soir, arrivé au cantonnement, parti à l'infirmerie... Le médécin major me fit un pansement à l'oreille et me dit:" courage CARTON ! encore deux jours de marche et tu rentreras à l'hôpital Auxiliaire d'Armée à Nancy !" J'étais donc fiévreux et épuisé encore deux jours à souffrir avec un morceau de l'oreille qui tombait. Le 26 novembre 1918, je me présente à l'hôpital avec un certificat de visite signé par le capitaine: Plaie à l'oreille droite et contusion à l'épaule droite en service commandé aux armées. On était dans une longue file dans la salle d'attente, deux heures se passèrent. Au suivant, c'était enfin mon tour. Je présentais le certificat au secrétariat. "Voilà, soldat, je vous en donne un deuxième et vous allez au fond du couloir, à la salle n°6. "Ne perdez pas patience car il y a des cas plus graves que vous; vous ne serez pas oublié, vous êtes attendu!" Deux heures s'écoulèrent mais j'étais prévenu. La porte s'ouvrit et une infirmière s'avança: "CARTON Elie ?" " Présent !" "Suivez-moi s'il vous plait. Asseyez-vous ! je vais vous faire une piqûre et un pansement pour deux jours car nous sommes débordés puis je viendrai vous chercher. Donc, grande toilette, changer d'habits, bien manger, dormir, se reposer... pour être d'attaque pour l'opération. Deux jours après, "Alors Monsieur CARTON ! en pleine forme ? suivez-moi !" On m'allonge sur le "billard" j'étais ficelé et maintenu par 6 infirmiers, et j'ai été recousu à vif ! ouah, j'ai passé un mauvais quart d'heure, inoubliable ! et il ne fallait pas broncher car il y avait encore une file derrière moi. On me reconduisit dans une chambre sur une civière mais j'ai vu 36 chandelles. Le lendemain, la douleur disparaissait petit à petit et j'ai donc fait connaissance avec les quatre gars de la chambrée qui étaient tous bien blessés, celui à côté de moi était un journaliste en civil, capitaine à la guerrre. Alors pour passer le temps il rédigeait un livre. il me dit que pendant la durée de ces quatre années de guerre, tous les huit jours il racontait tous les endroits où il était allé et tout ce qu'il avait vu et vécu sur le front. Je suis donc resté avec lui pendant quinze jours ... il marchait avec des béquilles ... Il écrivait chaque matin et nous jouions aux cartes les après-midi tous les quatre puis le soir, sous une petite veilleuse, il recommençait à écrire son livre... et tout ce qu'il me racontait, je l'avais vécu comme lui et autant que lui.
Les souvenirs de guerre de Dudenorff sont forts quant à l'infanterie. Un pareil hommage a été fait de notre infanterie par le général de Castelneau qui a perdu trois de ses fils au cours de ce conflit. La décision finale de tout combat repose en dernier ressort sur l'infanterie. J'ai fait partie de cette arme, je lui appartiens corps et âme ! La belle phrase de l'ancien réglement sur l'instruction du fantassin: "L'infanterie porte le poids principal du combat et subit les plus grandes pertes, mais en retour la plus grande joie lui échoit!"Cette phrase restera toujours une vérité militaire ".
Le poids de cette guerre pèse sur l'infanterie. Cette guerre l'a montré une fois encore. Rester immobile sous le feu roulant de l'ennemi, dans la boue et le froid, avec la faim et la soif, ou bien rester blotti, replié sur soi-même dans les abris, les trous des caves, en attendant un ennemi supérieur en force et surgir hors des abris, certain de se jeter , la mort devant les yeux, sur un ennemi qui veut votre perte, voilà ce qu'est un héros !. Ce n'est possible que si la discipline en rend capable, elle que l'on supporte par amour pour la patrie, soutenu par l'impératif du devoir qui sommeille au fond de son coeur. La gloire est grande . Mais la plus grande récompense réside dans la fière conscience que l'on a d'avoir servi la patrie plus encore que les autres; elle réside aussi dans le sentiment d'avoir aidé par son courage viril à remporter la victoire. Si l'on juge la valeur des actions, il faut mettre sur le même rang ceux qui ont combattu comme le soldat d'infanterie: pionniers du génie, cavalerie légère, télégraphistes de campagne partagent la même gloire. Je ne veux pas, en parlant ainsi, rabaisser les Services que d'autres armes ont rendu. Toutes ont été entourrées par le Grand Quartier Général des mêmes soins et de la même estime. L'artillerie eut à endurer des épreuves analogues à celles de l'infanterie. Elle devint de plus en plus le point d'appui du combat et le soutien du front. Malgré tout, l'artillerie n'a pas débuté à Pontivy, cannonier dans la 66 ème batterie, et retiens bien ce que j'écris sur mon livre: La part des chars d'assaut dans la victoire de 1918 est immense. Grâce en soit rendu au général Estienne qui fut le "père" de cette arme nouvelle et à tous ceux qui furent les courageux Servants de ces mécaniques à chenilles et qui périrent tragiquement écrasés, brûlés dans les cellules d'acier de leurs postes de combat. Pierre LESTRINGUEZ rappelle briévement pour souligner son importance dans les nombreuses attaques de 1918 menées par les fantassins sur tout le front Français. On n'oubliera pas pour autant les désastreux assauts, devant Berny-au-Bac le 17 avril 1918 conduits par le commandant Bossut qui y trouva la mort à la tête de ses chars. A cette époque j'étais au col de Sainte Marie aux Mines. Ces attaques furent menées avec des effectifs réduits. Ces petites opérations étaient fort difficiles puis après c'était l'attaque contre la Fête de Faux qui fut notamment et particulièrement pénible. Elle eut lieu sur un terrain très difficile aux pentes raides, avec de gros blocs rocheux sous des sapins aux branches basses. La progression des chasseurs y fut lente mais néanmoins couronnée de succès. Comme à la même époque, on envisageait déjà en haut lieu des actions offensives importantes destinées à prendre pied sur les hauteurs dominant au Nord de la Fête de Faux. Par petites étapes, on arriva dans une localité, on y passa la nuit avant d'en repartir le lendemain. Après une marche ereintante de 10 kilomètres, sur un sentier montant dans la nuit tombante, puis lors d'une nuit profonde, nous atteignîmes un village puis traversâmes une zone dénudée. Une tranchée abandonnée s'y trouvait, creusée en arc de cercle; elle avait besoin d'être séreusement améliorée. La position si bonne soit elle n'en présentait pas moins certains inconvénients majeurs. A 15 kilomètres de la vallée de Thur, sans route praticable pour la desservir, sans soutien d'artillerie possible. La troupe qui l'occupait , très isolée, faisait un peu de figure d'enfant perdu ! Une certaine inquiétude se manifestait pourtant dans le camp adverse. Des patrouilles fréquentes , chargées de parcourir le terrain et définir notre position avaient lieu jour et nuit. La nuit nous entendions dans le ravin de Bonne Goutte le cri de la chouette, signe manifeste de reconnaissance des patrouilles entre elles. Quelques instants après nous étions alertés par des coups de feu. Successivement des renforts furent appelés et prirent l'affaire à leur compte... et avec un magnifique courage, dans des conditions atmosphériques pluvieuses et boueuses, attaquèrent la ligne Allemande qui s'était considérablement renforcée mais ne purent la rompre. Pendant les jours qui suivirent, on entendait tous les matins le clairon de Carravi sonner le refrain du 28ème bataillon. Il signalait ainsi que le poste était toujours là et tenait bon ! Pour nous ces notes étouffées par la pluie recouvrant la forêt semblaient venir de très loin. Puis brusquement, ce fut le silence ! L'ennemi avec ses obus et des fusées écrasa l'Hartmann. Le Lieutenant fut tué et avec lui beaucoup de ses chasseurs. C'est ainsi que commencèrent ces terribles combats de tranchées de première ligne au Rehflesen qui tout au long de l'année 1916 causèrent tant de morts dans les rangs des bataillons de chasseurs et du magnifique 15-2 engagés dans ce secteur des Vosges et faisant partie de la 66 ème division d'infanterie que je commandais. Joffre prenait la décision de renoncer dans cette région difficile à de nouvelles offensives trop onéreuses en vies humaines et le secteur s'apaisa. Nous apprîmes par la suite que ces rescapés du massacre traversèrent Colmar avec les horreurs de la guerre. "Tu vois, Carton, ici, dans la chambrée, la guerre est finie, nous sommes deux Français, vêtus de pyjamas de l'hôpital, l'un comme l'autre donc nous sommes deux bons camarades ... je laisse mon képi et le grade de capitaine de côté !" "Tu repars quand ?" "dans 3 jours camarade !" " C'est bien, tu as pigé, tu as bien répondu ! eh bien, je vais encore t'en écrire quelques lignes car je vois que tu écoutes ce que je te dis, et moi j'en fait autant du mien, j'enregistre tout ce que tu as vu sur mer et terre d'Orient !"
De 1914 à 1918, Les Français ont encore été forcés de faire la guerre avec l'Allemagne comme en 1870. On l'appelle la Grande Guerre et on a raison de l'appeler ainsi car elle a duré longtemps; elle a été terrible et jamais encore on n'avait vu tant de soldats combattre dans autant de pays à la fois. Presque tous les pays du monde ont pris part à la Grande Guerre, les uns y sont entrés dès le début, d'autres plus tard. L'Allemagne déclara la guerre et attaqua la France. Pour mieux surprendre nos soldats, les Allemands passèrent par la belgique, un laborieux petit pays qui n'avait jamais cherché querelle à personne. Les soldats Allemands étaient nombreux et très bien armés, de terribles mitrailleuses. Ils étaient habillés d'un drap gris qui les rendaient presque invisibles. Heureusement les Belges défendirent bravement leur pays, les Anglais d'abord et les enfin les Américains nous aidèrent. Les Allemands qui avaient envahi notre pays par le Nord étaient arrivés tout près de Paris. Ils furent arrêtés par nos soldats et par une petite armée Anglaise dans une bataille, celle de la Marne, qui restera dans les mémoires. Mais ils étaient encore tellement forts qu'on ne put les chasser de notre Pays Pendant près de 4 ans, nos soldats et les soldats Anglais se battirent bravement contre eux sans pouvoir les faire reculer. Ces soldats Allemands étaient braves aussi, très obeissants et ils savient très bien se servir de leurs armes. Ce fut seulement en 1918 que les Allemands furent obligés de reculer peu à peu puis de demander la paix. On cessa de se battre le 11 novembre 1918.
La paix obligea les Allemands à nous rendre l'Alsace et la Lorraine qu'ils nous avaient prises après 1871. Nos soldats sont rentrés à Strasbourg et ont été bien reçus. Les habitants de Strasbourg chantaient, riaient et pleuraient de joie. Et nous pouvons saluer nos deux grands Chefs qui avaient commandé toutes les armées de France, le maréchal FOCH et le marchal JOFFRE. Mais même ce jour-là, baucoup de personnes, tout en étant fières de la victoire de la France, étaient tristes aussi. Elles pensaient à tous ces jeunes gens, à tous les pères de famille, qui étaient morts pour notre Pays. Elles pensaient à tout ce qu'avaient souffert les habitants du Pays envahi par les Allemands (
Je suis donc rentré le 26 novembre 1918 à l'hôpital Auxiliaire d'armée de Nancy. Ce fut un bon séjour de repos, le matin le capitaine me lisait son livre et l'après-midi on se payaient de bonnes parties de manille à quatre bons copains; bien entendu dans la chambrée. Le 13 décembre 1918, le médecin major me signa la date de sortie sur mon billet. J'étais ravi de partir mais ce ne fut pas le cas de mes trois collègues plus gravement blessés. Je leur fis l'accolade et je leur ai souhaité un prompt rétablissement, c'était tout ce que je pouvais faire de mieux. Ils m'ont répondu tous les trois avec une petite larme au coin de l'oeil "sacré veinard ! tu vas passer les fêtes de fin d'année en famille" "courage, ne perdez pas patience, vous allez déjà beaucoup mieux, il y a une nette amélioration, un jour viendra où vous serez parmi les vôtres" C'est à ce moment que je les ai quittés un peu amère et triste. Je me suis donc rendu à la caserne avec le billet de sortie de l'hôpital; je me présente au bureau du commandant qui lui à son tour signe une convalescense de 40 jours. "Comment s'est passé cette opération ?" "pendant 4 jours ce n'était pas la joie et après nous avons passé notre temps à jouer aux cartes" "Bien demain, tu vas à la gare vers 10 heures, tu prendras un train militaire pour aller chez toi, une permission bien méritée ! Bonnes fêtes, bon repos et de retour ici le 12 janvier 1919 à mon bureau. Allez CARTON, bon voyage, on se reverra !" Ouf, je n'ai pas râlé, j'ai vite sauté dans le train, direction la Picardie, Amiens, Longpré et mon village natal ! J'avais donc écrit à mes parents que j'allais bientôt revenir mais je ne pouvais pas affirmer le jour et l'heure. Je suis arrivé à LONG sans tambour ni trompette; ma mère me reçut à bras ouverts car elle s'y attendait un peu ! Hélas, c'est à te voir tant souffrir, pauvre mère que j'entrerais... quel deuil cachait tous tes efforts. Tes deux garçons sont partis au front et sur les deux, un y est resté ! et en plus de cette grande douleur, une fille décédée à l'âge de 28 ans a été rappelé à Dieu. Cela était pour parfaire ton existence. Mais moi je suis là pour te réconforter. Il faisait froid , il tombait de la neige, quelques jours passèrent ainsi et vinrent les fêtes. La nuit de Noël brillait radieuse, et sous les toits, dans tous les foyers, les petits enfants bénis et choyés dormaient le sommeil de l'enfance heureuse, sans avoir oublié de mettre leurs souliers près des gros chenêts.
J'étais très heureux d'être chez moi, malgré l'âge avancé de mes parents, je leur faisais tout ce qu'ils me demandaient, pour les satisfaire. Vint le jour de l'an qui fut très apprécié avec les bonnes tartes et le bon café ! Le temps passa très vite et la permission aussi. Le jour vient, il faut préparer le départ. "Allons, adieu ... Mais qu'est ceci ? Mon sac est très lourd. Ah, bonne Mère, pourquoi tant me gâter, pourquoi ?" Elle me répondit, moitié larmes, moitié sourire: "Jai rempli la musette de mon gars, va mon brave soldat, tout le long du trajet, tu auras le temps d'en manger... Quand reviendras-tu ?"
Hélas ce n'est plus la guerre, mais il faut quitter la France pour un temps indéterminé pour se rendre en occupation en Allemagne. Quand reviendra-t'il ce beau jour terminal ? et quand serai-je près de vous pour toujours ? "Allez, au revoir mes chers parents, bon courage et à bientôt".
Enfin, je me rends au dépôt de Nancy retrouvé le commandant qui m'avait signé ma convalescence de 40 jours. "Ah te voilà CARTON, le 12 janvier 1919, le jour est bien respecté, j'espère que tu as passé de bonnes fêtes de Noël et de l'An avec tes parents !" "Oui, mon commandant ! la permission a été de courte durée et trop vite passée !" "C'est la vie militaire et tu vas rejoindre ton escadron, la 22 ème batterie. Tu partiras demain mais en attendant, nous allons bavardé un peu, la guerre est finie. Tu sais CARTON, la grande guerre 1914-1918 est devenue une guerre mondiale. J'étais donc dans la Somme, près de Montdidier, les Américains ont attaqué le camp retranché des Allemands à Cantigny. Pour la plupart, c'était leur baptême du feu, ils marchaient en rangs serrés et l'artillerie Allemande, à chaque obus, faisait d'importantes trouées dans leurs rangs. On l'appela l'attaque des "Lions noirs de Cantigny" le 28 mai 1917, bilan, 199 morts et 867 blessés...
C'est comme le chemin des Dames où plus de 1 200 000 soldats Français et Allemands sont morts sur un front de 50 kilomètres... la caserne du Dragon, dans cette grotte longue de 7 kilomètres de galeries, 3000 Français sont morts ! A la fin du mois de mars 1917, cette caverne était aux mains des Allemands, un mois plus tard, une nouvelle attaque des troupes Françaises permet de reprendre cette place forte. Le 26 juillet, les Allemands relancent une offensive et pendant 3 jours, dans ces étroites galeries sans lumière une bataille acharnée va avoir lieu entres les deux camps en présence. Le 23 ocotbre 1917, les Français reprennent le fort de Malmaison et contrôlent la région. Après la deuxième bataille de la Marne le 23 mai 1918, l'armée Allemande reprend la caverne et tout le chemin des Dames. Ce n'est qu'en septembre 1918, au moment de l'offensive Alliée que le chemin des Dames redevient cette fois-ci définitivement Français ! VERDUN, ce fut la plus grande bataille de la première Guerre mondiale. Les perdants de ca cataclysme ? les 800 000 morts à la fois des Français et des Allemands. C'était en 1916, une histoire poignante sur la terrible vie vécue des Poilus dans les tranchées que l'on appela: le feu ! Les Allemands commandés par le général VON FALHENHAY avaient décidé de frapper un grand coup; Ils croyaient l'armée Française bien épuisée après les combats en Artois et en Champagne en 1915. Pour eux, les défenses Françaises sur le secteur de VERDUN, dans le département de la Meuse, devaient être moins aguerries qu'ailleurs. Grâce à leurs puissants canons de 77 les Allemands comptaient balayer les troupes Françaises se trouvant dans cette zone sous un déluge de fer et de feu. Dans la poche de VERDUN, les abris Français étaient médiocres et insuffisants. L'assaut Allemand eut lieu le 21 février 1916 avec l'appui de 1225 pièces d'artillerie. Un déluge infernal ! En quelques heures, les massifs forestiers du secteur furent déchiquetés, hâchés, créant un décor desespéremment lunaire. Les défenses Françaises furent broyées, disloquées ! L'avance Allemande allait être extraordinaire et l'empereur Guillaume, stationné à Mézières, se frottait les mains. Les survivants Français, hébêtés, comotionnés, n'eurent qu'un seul réflexe, tenir et tirer ! Alors commença, au niveau su sol, la plus fantastique épopée de toute la grande guerre... Le 26 février, les Allemands furent arrêtés dans leur profression spectaculaire près de Douaumont, la bataille devait se prolonger jusqu'en décembre 1916. La guerre des tranchées fit rage pendant des mois, avec une affolante boue, de nombreux morts, une multitude de blessés, des fusillés pour l'exemple qui voulaient cesser la guerre. Le bois des Bourrus, la côte du poivre ont connu des assauts et contre-assauts abominablement meurtriers. Le 12 juillet 1917 la dernière vague de l'unité Allemande la plus avancée en direction de VERDUN succomba ! Dan un fort en ruines, celui de Souville, quelques soldats valeureux, sans officiers (tous étant morts) réussirent à tenir tête aux derniers assaillants d'outre-Rhin, à l'aide seulement de trois mitrailleuses ! Personne, sur le moment, ne se doutait que la gigantesque bataille venait de se terminer ! Tu vois, CARTON ! j'écris un livre, moi aussi, et j'ai mis comme titre "Mourir pour VERDUN". Ecoute ce que je te dis; du 21 février au 15 décembre 1916, en trois cent jours de combats incéssants et impitoyables, les Français, sous les ordres du Général Pétain, et les Allemands, sous celui du KROMPRINZ impérial, s'affrontèrent au saillant de VERDUN dans la plus longue et la plus dure bataille de tous les temps ! En 10 mois, 70 divisons Françaises et 46 Allemandes se consummèrent dans la fournaise. Chaque vingt secondes, un homme tombait , Français ou Allemand ! Sur trois soldats, 2 ne se relevaient pas... 400 000 soldats des deux nations trouvèrent à VERDUN leur dernier rendez-vous, celui de la mort ! 900 000 autres restèrent profondèment meurtris dans leur chair et ne purent jamais oublier l'enfer dans lequel ils avaient combattu. En attaquant VERDUN, le général VON FLAKENHAYN chef du grand état major Allemand, avait voulu, selon sa propre expression, soigner l'armée Française ! (la folie des hommes !) Il n'avait pas prévu que l'armée Allemande deviendrait aussi exsangue et il avait sous-estimé l'esprit offensif des Poilus illustré par les mots célèbres: "Courage, on les aura !" ordre du jour du général Pétain... Mourir pour VERDUN ! et la synthèse de leurs révalations et des récits historiques régimentaires. La fresque vivante et minuitieuse dépeint la condition dramatique des hommes de VERDUN et apporte une contribution nouvelle et précieuse à l'histoire de cette bataille où l'infanterie Française se couvrit de gloire. En 1918, le ministre Clémenceau dirige la guerre avec une énergie farouche. Les Allemands tentent de briser le front Allié. Mais Foch qui commande en chef les armées Alliées, prend l'offensive en juillet 1918 et ne laisse aucun repos à l'ennemi ! C'est la bataille de France (août à octobre). L' Allemagne est vaincue et demande l'armistice le 11 novembre 1918. Le traité de paix sera signé en juin 1919 à Versailles dans la galerie des glaces du château. D'autres traités modifient la carte de l'Europe... L' Alsace et la Lorraine redeviennent Françaises. Tu vois CARTON? Jai écrit tous ces résumés sur mon livre mais toi, tu devrais en faire un car tu as été un grand combattant, 2 fois la traversée de la mer, tu es un Héros, un gars qui a bien défendu sa patrie, vive la France... Tu as connu tous les fronts d'orient que tu as défendus avec courage et dévouement, tu as bravé les intempéries, en été 65 ° de chaleur et moins 25° en hiver et la nourriture qui te manquait souvent. Dieu te remerciera car tu as été un grand homme d'honneur et de bravoure. Un Français doit vivre pour elle, et vive la Marseillaise. Demain j'enverrai mon chauffeur te conduire en gare de Nancy pour rejoindre ton régiment qui t'attend à Reichshaffen, puis tu partiras étape par étape pour le Palatinat, la Bavière, la Franconie en occupation, souviens-toi CARTON, car c'est un peuple guerrier qui ne pense qu'à la guerre, retiens bien cette parole prédit par un vieux commandant, dans 20 ans, ils remettront cela ! Le Maréchal Foch, lequel du reste refusa d'assister à la cérémonie de signature du traité de Versailles, estimant que la sécurité de la France n'était pas assurée et que l'avenir demeurait redoutable et qui demanda à plusieurs reprises a être consulté. Ses interventions parfois abruptes et qui souvent dépassaient le cadre purement militaire furent en général mal appréciées des trois grands. "Si un général Anglais adoptait une telle attitude, s'écria le Britannique BONARD LARD, il ne resterait pas cinq minutes en fonction !" Et pourtant , le maréchal remit le 31 décembre 1919 aux chefs de gourvernement la note prophétique suivante:" Si nous ne tenons pas le Rhin d'une façon permanente, c'est une bataille à notable infériorité numérique sans aucun ostacle naturel pour la rendre plus facile, qu'il nous faudra supporter dans les plaines des Belgique. Ce seront de nouveau, la Belgique et la France transformées en champ de bataille, un champ de défaite; c'est bientôt l'ennemi atteignant les côtes d'Ostande et de Calais, les mêmes pays ravagés une fois de plus; il n'y a pas de secours suffisant arrivant à temps d'Angleterre ou d'Amérique pour éviter le désastre dans la plaine du Nord, pour éviter à la France une défaîte complète ou l'obligation, pour y soustraire ses armées, de les replier sans retard derrière la Somme ou la Seine, en vue d'y attendre les secours des ses Alliés." C'est pour cela CARTON qu'il faut que l'armée Française reste le plus longtemps possible en occupation, car c'est un peuple qui travaillera de plus belle pour une nouvelle guerre et tu vois, je t'ai lu tout ce que j'ai écrit sur mon livre".
J'ai donc parcouru en cavalerie légère en jouant du cor de chasse en Palatinat, Spire, Ludugshafen, Harm, Stutgard, Mamheim, Mayence, Bavière et le Franconie. Nous étions dirigés vers la Rhénanie et installés là-bas en vainqueurs. Pour divertir les camarades, des troupes théatrales furent constituées allant de village en village. Des invitations étaient lancées aux autorités Allemandes, et quoique réticentes, elles venaient tout de même. La partie principale du programme était tout naturellement une revue d'actualité, ponctuée de mauvais couplets ou "saucisson" rimait trop richement avec "caleçon". C'était bâclé et sans prétention.
Avant de prendre la route, l'ultime répétition d'un nouveau spectacle se déroulait devant le général Mangin et son Etat Major. Ce jour-là, nous avions présenté une revue, ni pire, ni meilleure que les précédentes. Lorsque tout fût terminé, le général Mangin appela les acteurs et leur dit: "Vous avez fait rimer "boche" avec "moche" dans une de vos chansons. Croyez-vous que les Allemands invités seront satisfaits de votre impolitesse ? " puis radouci, il ajouta: " Allons mes petits ! du tact ! Il faut penser à la paix maintenant". Les souvenirs sont lourds dans le sac. Notre ami Pierret a repris sa plume, une plume alerte qui a souvent diverti ses camarades du front. C'était une grande vedette ! Théâtre, chansons, poésie et narration de ses souvenirs... C'était un grand animateur, on ne sait s'ennuyer pendant l'occupation . Cela a duré jusqu'au 25 juin 1919. et pendant ce temps, il nous a écrit ses conclusions: La guerre de 1914-1918 a fait son épreuve et atteint profondément le Pays. Le nôtre en a subi de redoutables conséquences, dans l'ordre matériel, physique ou moral ! Les destructions n'ont été réparées qu'au prix de durs efforts financiers. La perte de l'Alsace - Lorraine a été une plaie demeurée ouverte ... Les morts, militaires et civils, se sont comptés par millions. Les jeunes hommes tombés au combat ont manqué par la suite dans leur génération pour toutes les activités professionnelles ou spirituelles. Les insuffidances de l'alimentation ont longtemps eu des effets sur la santé de beaucoup ! Et nombreux ont été les hommes, les femmes, les enfants que les souffrances endurées, les chocs éprouvés ont marqué de manière durable et douloureuse. Chacune des Nations engagées a connu, à des degrés divers, un sort semblable. C'est surtout l'Europe qui fut chaque fois le champ de bataille des armées immenses qui luttèrent pour la conquête ou la défense du sol, base de la puissance ou de l'indépendance. Notre continent presque tout entier envoya ses hommes au feu ! On s'entretua entre pays voisins. Ce fut, en actes successifs comme on l'a dit, une guerre civile de l'Europe. Les hécatombes et les pertes matérielles qui en résultèrent ont apporté un affaiblissement de sa vitalité. Mais les suites ne furent pas moindres, avec le temps, pour l'influence, le prestige, l'expansion des pays ainsi frappés. Avec l'aspiration des peuples à l'indépendance, ce qui constituait les empires coloniaux a connu son déclin par la révélation que les Nations d'Europe étaient vulnérables. Et elles l'étaient par les coups qu'elles s'étaient portés entre elles.
C'est par là, entre autres, aspects, que l'on peut considérer, comme il a été dit si souvent, l'absurdité des guerres. L'ambition, l'orgueil, la volonté de puissance, la cruauté, la barbarie des hommes même ont conduit à des massacres, à des ruines, à des famines et aussi à laisser tous les co-belligérants dans un état amoindri, dont ils ne se sont relevés qu'au prix d'efforts parfois trop lourds. On ne souhaitera jamais trop la paix ! (cela rappelle le plus jamis ça ! de nos Poilus) la paix est nécessaire pour la vie des hommes et des peuples. Il faudrait qu'elle s'établisse vraiment dans le monde, que le coeur de beaucoup ait changé ! Il faut toujours s'attendre, avant qu'il en soit ainsi, à voir surgir, en un lieu ou dans un autre, des flambées d'égoïsme et d'esprit d'agression !
Mais tout ce qui peut, dans les faits, limiter les effets de ces explosions doit être tenté. Certains soulignent l'inefficacité et par là l'inutilité d'organisations internationales. C'est un peu traiter la question par le tout ou rien ! Il est évident qu'en maintes circonstances, elle n'ont pu agir sur les évènements. Cela ne signifie pas qu'elles doivent disparaitre. Ce qu'elles réalisent est peu, mais c'est déjà quelque chose. Et bien des efforts vains n'annulent pas ceux qui ont connu un succès, même limité. C'est là une tâche qui incombe à tous et à chacun dans son domaine.
La guerre où la France et l'Allemagne se sont trouvées face à face ont laissé, après elles, de durables et profonds ressentiments. Des germes de méfiance, d'animosité, même de haine ont subsisté. Il en a été de même auparavant avec d'autres pays. L'apaisement est venu. Il était souhaitable d'essayer qu'il en fût ainsi avec nos anciens adversaires d'outre-Rhin.
Il y a un long chemin jusqu'à Tippérary chantai les Britanniques; celui de la paix est plus long encore. Il faut le suivre avec persévérance et ne pas s'en écarter. Les hommes de bonne volonté ne manquent pas. Pour nous autres, combattants et victimes de guerre, parmi les tâches auxquelles nous sommes amenés à nous attacher, celle-là, plus que toute autre, peut nous apporter réconfort et espérance.
La période englobant les pourparlers de l'armistice et l'armistice lui-même ne pouvait évidemment pas être considérée en Allemagne comme une période d'allègresse. La défaite, les plaintes et récriminations étalées dans la presse contre les responsables de la conduite de la guerre ne pouvaient qu'assombrir les esprits et aviver le désespoir de ceux qui avaient cru en une victoire vraiment payante. Rien d'étonnant par conséquent que le 11 novembre fut escamoté puis noyé dans le désordre organisé. Il faut admettre qu'elle n'avait pas toujours été engagée à bon escient, sur la Marne en 1914, à VERDUN et sur la Marne en 1918. Il n'en fallait pas davantage pour que les Allemands dans leur simplicité se prétendent frustrés d'une victoire. Et dès l'instant que leur armée avait tenu le monde en échec pendant 4 ans rien ne s'opposait à ce que, dans un proche avenir, il fut possible de réparer cet échec. Là est tout le secret de l'esprit de revanche qui ne cessa de l'animer.
VERDUN, c'est le comat suppême pour la liberté, c'est le sommet d'un calvaire gravi, souffert par une multitude souvent anonyme, VERDUN, c'est le nom qui demeure et qui traversera les siècles. Verdun, c'est la France ! Il ne passera pas dans le coeur des hommes et s'est assurer la perénité et l'exemple du courage Français des années 1914-1918 puis la capitale du souvenir impérissable et ensuite l'avenir de la paix. La guerre du fantassin, de la boue, de la sueur, du sang, a connu ces épeuves en première ligne. Chef de secion, puis commandant de compagnie dans un régiment d'infanterie, il a tenu les lignes dans la région de VERDUN, et particulièrement dans le secteur des Eparges, l'un des plus atroces de cette période. Et cela a valu l'un des récits les plus bouleversants de cette guerre. "Ceux de 14" n'est pas seulement, selon le jugement de Norton Cru, le meilleur des témoignages qui ait été fourni sur la guerre de 1914-1918, c'est aussi, malgré le souci d'éviter la littérature l'ouvrage d'un écrivain.
Parmi ces survivants, il en est qu'on se doit particulièrement de ne pas oublier en ce jour mais qui, trop souvent, pourraient se plaindre du silence et de la solitude dont s'entoure la vieillesse. Ces jeunes que nous avons vu tomber , magnifiques de courage et de résolution, au cours des combats désespérés qu'ils ont menés, ont laissé derrière eux un père, une mère, une veuve qui mettaient en eux l'espoir de leurs vieux jours. Voilà les souvenirs racontés par notre ami Perret en occupation ... Puis le 25 juin 1919, ordre du commandant, je partis dans une ferme à Schifferstradt faire la moisson. J'étais comme l'enfant de la maison; il y avait trois filles très adorables. J'étais libre et heureux ! Elles me conduisaient partout dans les champs. avec ça un bon lit, une bonne cuisine malgré les rationnements surtout. Tous les dimanches, j'avais le droit d'aller à la messe et elles m'accompagnaient toutes les trois. La moisson fut terminée plus vite que prévu grâce au bon temps, j'aurais préféré plutôt la faire chez moi, à LONG...Quand viendra-t'il ce beau jour du départ tant attendu ? Eh bien, le 23 septembre 1919, je vis arrivé dans la cour de la ferme une jeep avec deux gradés alors que je partais au champ... "CARTON, une bonne nouvelle, ordre de démobilisation ! demain tu te rendras à l'Etat Major et on te signera un billet pour te rendre dans ton foyer, ta mission est terminée". Ma réaction fut si forte que j'en ai pleuré de joie. Elle ne fut pas la même envers la famille Ekvich, surtout les 3 soeurs Gretechen, Elise et Emma. Le lendemain je fis mes adieux et je remerciais la famille de tout ce qu'elle avait fait pour moi, ce fut une grande tristesse pour eux, mais pour moi, une nouvelle vie allait commencer.
Je me rendis à l'Etat-Major chercher mon billet de démobilisation et de retour en France, le commandant me dit:"CARTON, bonne route et espérons ne plus jamais revoir toutes ces horreurs".
Sa fille, Luce DOMIILE indique que son Papa est décédé le 19 février 1989 à 10 heures du matin à LONG rue Ancienne école des filles. Enterré le 22 février, jour de la Sainte Isabelle indique-t'elle devant plus de 150 personnes par un temps pluvieux et froid et qu'il y avait 6 drapeaux.
Elle souligne que Roger, son mari, et elle sont heureux qu'Elie soit décédé chez lui car il disait semble-t'il presque tous les jours de ne pas finir à l'hospice... Son souhait s'est réalisé, il est mort chez lui, entourré de l'amour de sa famille, lui qui avait connu tant d'horreurs pendant la première guerre Mondiale... Il méritait bien celà après avoir vécu toute cette horreur.
P.S: j'ai gardé au plus près ce que tchot Elie CARTON a raconté de sa guerre avec ses mots... Un document précieux pour notre histoire... et le récit d'un long voyage pour un homme, un héros ordinaire, qui ne quittait que rarement LONG pour se rendre à Abbeville ou Amiens... et qui a vu la Mer Egée, l'Orient, VERDUN, le chemin des DAMES, la Marne etc... des lieux si forts de la première guerre mondiale. Respect !
soldats 

1914: |
1915: |
1916: |
1917 : |
1918 : |
ANDRIEUX Marcel |
GAMAIN Alphonse |
PONCHE Charles |
CAILLY Henri |
FOURNIER Léon |









était
le
fils




















La légion d'honneur pour faits de guerre a été remis à Messieurs Alphonse DEFARCY, David GAILLARD, Désiré SAGOT.













